LUNDI 14 SEPTEMBRE. Ste Croix. Jn 3, 13_17
Pas juger, pas condamner, sauver.
Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi. Au sol dans les synoptiques, les foules s'amassent autour de Jésus, jusqu'à l'enserrer, l'étouffer. La force qui sort de Lui; là c'est autre chose. J'y ai toujours vu la force d'un aimant, qui attirer la limaille qui ne peut pas résister. Mais du coup, ça pose la question de la liberté.
Et pourtant un certain Elie est bien monté au ciel, mais emporté par un char. Et il n'était pas descendu du ciel lui.
Est-ce un moyen d'affirmer d'emblée (encore plus, si on se base sur le prologue) la divinité de Jésus. Le Fils de l'homme;
13 En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme.
14 De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
15 afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
Quelque chose d'inéluctable, un peu ma condition nécessaire, indispensable. Le seul moyen de permettre aux humains d'accéder à la vie éternelle, c'est que le fils de l'homme comme le serpent de bronze soit cloué sur un mat, pour être élevé. Pour que les hommes puissent le regarder, et croire ce cette loque parce qu'elle s'est faite obéissance, donne la salut. Là il n'est pas vraiment question de rédemption
16 Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Avec le car, c'est encore plus beau; si Dieu n'aimait pas ce qu'il a créé, il n'aurait rien à faire, laisser le monde aller à sa perte. Mais ce que Dieu a créé, ce qui fut bon, ce qui fut à son image et à sa ressemblance et qui se perd, Dieu ne l'accepte pas. On ne parle pas d'un combatr mais juste d'amour.
17 Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
MARDI 15 SEPTEMBRE. Jn 20, 25-27
25 Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.
Pour moi, une ambiguité pour cette autre Marie. Je sais que c'est sœur/ cousine, sauf que Luc lui n'emploie pas forcément l'un pour l'autre Elisabeth est bien cousine, pas sœur. Mais l'important est peut-être que Marie ne soit pas complètement seule devant cette horreur qui se passe sous ses yeux. C'est quelque chose d'atroce qu'elle vit. Infinies douleurs. Mère écartelée qui ne peut que regarder la souffrance, l'agonie. Glaive de douleur avait dit Siméon. Et c'est cette image qui restera. Mais il parle, il ne l'abandonne pas. Il lui donne une place dans cette famille neuve, cette famille bâtie en principe sur Agape; cette famille où elle donnera aussi cet Agape.
26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
Il dit "à partir" j'aurais dit aussitôt. C'est peut-être étonnant que Jésus confie sa mère non pas à Pierre, mais à Jean. Une fois de plus, c'est lui qui a le beau rôle. Mais cela peut vouloir dire que Jésus donne des missions aux uns et autres et pas qu'aux responsables patentés. On dit que le disciple bien aimé cela peut être chacun d'entre nous, j'ai un peu de mal avec cette hypothèse. Même si en théorie ce disciple n'a pas de nom dans l'évangile, il semble bien en être le rédacteur et le style me semble assez proche en tous les cas de la première épitre attribuée à Jean.
Ce qui est sûr aussi, c'est qu'en mettant Marie, vraiment dans cette commuauté, cela la met à l'abri des regards mauvais, du mépris qu'elle aurait essuyé toute sa vie en retournant à Nazareth après la mort de Jésus. Parce que c'est une mort infamante qui porte préjudice à tout le village.
MERCREDI 16 SEPTEMBRE. Lc 7, 31-35
On reprend le chapitre 7. Jean de sa prison a envoyé des disciples pour demander à Jésus s'il est bien celui qui doit venir. Jésus répond par une citation d'Isaïe, complète par une petite phrase étonnante; Heureux qui ne trébuchera pas à cause de moi. Puis il s'adresse aux foules et c'est l'éloge de Jean Baptiste et une critique des pharisiens qui n'ont pas reçu le baptème alors que les publicains eux l'ont reçu et ont reconnu que Dieu est juste. Et c'est le passage d'aujourd'hui, qui peut s'adresser aux pharisiens qui refusent et Jean et Jésus, mais pas que. C'est si facile de critiquer pour ne pas se convertir.
"J'ai joué de la flute sur la place du marché, et personne avec moi n'a voulu danser"… Père Duval. Mon Dieu que cela parait loin, ces premiers prêtres chanteurs;
31 En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « À qui donc vais-je comparer les gens de cette génération ? À qui ressemblent-ils ?
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C'est une drôle de question que pose Jésus. S'il la posait pour nous, que dirait-il? A quoi ressemblez-vous? A des gens qui sont perdus et ne le reconnaissent pas, à des gens qui s'enivrent de sensations pour croire qu'ils vivent, à des gens qui sont massacrés au nom de valeurs qui ne sont pas les leurs? De gens qui massacrent qui tuent, qui terrorisent. Que dirais tu de nous Jésus?
32 Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent en disant : “Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré.”
Ris ou pleure, fais quelque chose, mais ne reste pas comme ça… C'est quelque chose par rapport à l'indifférence.
33 Jean le Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : “C’est un possédé !”
34 Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.”
Donc un pécheur.
35 Mais, par tous ses enfants, la sagesse de Dieu a été reconnue juste.
Il semblerait qu'il y ait deux mots en grecs pour dire enfant. Et que le mot retenu, montre la proximité de l'enfant et de son père; Ceux qui sont proches de Lui, ouvrent les yeux et reconnaissent la justice du Père.
JEUDI 17 SEPTEMBRE Lc 7, 36-50
Il me semble que l'on dit que lorsqu'un personnage sera important par la suite, Luc le présente d'abord. Il est donc possible que cette femme soit celle dont il parle au chapitre 8, celle dont il a expulsé 7 démons. Si c'est cela peut-on faire l'hypothèse que cette femme a été d'abord guérie par Jésus, qu'ensuite telle qu'elle est, elle vient chez Simon, remplie de reconnaissance, je dirai éperdue de reconnaissance, et qu'elle le manifeste comme elle seule peut le faire, par des pleurs de tendresse, par des soins sur les pieds, par le don du parfum. Elle donne et se donne. Mais cela ne colle pas tout à fait avec le texte, où il semblerait que cette femme déboule là, avec une demande implicite, et la reconnaissance du mal qui est en elle avec la certitude que seul Jésus peut la sauver. Et on trouve là, la même phrase que pour la femme hémorroïsse, va en paix, ta foi t'a sauvée.
36 En ce temps-là, un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.
37 Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum.
38 Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.
39 En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. »
40 Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. » 41 Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.
42 Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? »
43 Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus.
44 Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux.
45 Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds.
46 Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.
47 Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »
48 Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés.
Personne ne sait quand les péchés ont été pardonnés. Sauf que Jésus semble dire que c'est là, maintenant, pendant qu'elle fait ces gestes d'amour. Si je garde mon hypothèse d'un avant, les gestes d'amour se comprennent mieux. Là pour moi les gestes surtout manifestent l'amour qui la remplit puisque la miséricorde elle l'a expérimenté. Ou alors, dès qu'elle, la femme de mauvaise vie entre dans cette pièce, se met aux pieds de Jésus, en quelque sorte le touche, le touche comme elle seule sait faire, qu'il s'est passé quelque chose.
Faire le rapprochement avec Marie de Béthanie, je crois que je l'ai fait dans le passé, mais que je l'ai rejeté par la suite.
Ce n'est que quand la dette est levée que les débiteurs aiment le créancier, d'autant plus que la somme est plus importante.
Bref, je cale.
49 Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »
Là, il n'y a pas de scandale. Ils sont simplement étonnés et se posent des questions sur cet homme qu'ils prennent comme Simon pour un prophète.
50 Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! » lc 8, 46 Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix. »
VENDREDI 18 SEPTEMBRE. Lc 8, 1-3
Quand Luc écrit, il n'y a pas de coupures en chapitres, donc cela suit directement. Il y a eu l'appel des apôtres précédemment au chapitre 6. Là il y a comme une centration sur les femmes (comme il y en aura avec Paul, puisque Luc est le même écrivain). Par contre, pour les apôtres pas question de guérison de quoique ce soit. Les femmes, ont toutes comme une dette envers Jésus. Elles ont été guéries, mais pas que. Elles ont fait une expérience que les apôtres n'ont pas fait, sauf Paul, celle de la miséricorde et de cela elles pourront témoigner; C'est autre chose. Voilà ce qu'il a fait pour moi…
1 En ce temps-là, il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient,
2 ainsi que des femmes qui avaient été guéries de maladies et d’esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons,
3 Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources.
On pourrait s'attendre à ce que Jeanne qui est la femme de l'intendant d'Hérode puisse puiser facilement, mais c'est contrebalancé par la phrase, qui le servaient en prenant sur leurs ressources, ce qui évoque déjà ce qui se passera pour la veuve du Temple, qui met son nécessaire et non son superflu.
D'un côté les hommes qui sont au service de la parole (sauf que là, ils écoutent, ils sont formés) et les femmes qui permettent que cette communauté prenne vie, source de vie.
SAMEDI 19 SEPTEMBRE.L8, 4-16
https://giboulee.blogspot.com/2023/07/mt-13-1-20-la-parabole-du-semeur-16.html
Je pense que j'aurai fait partir le chapitre 8 avec cette parabole, sauf que chez Luc, il y a des paraboles (voir ce qui s'est passé chez Simon au chapitre 7), contrairement à Matthieu.
Et de chaque ville, on venait vers Jésus. C'est beau tous ces hommes (femmes? ) qui se mettent en marche pour écouter le "jeune prophète de Galilée" disait le frère Hughes. La foule là, n'est pas menaçante pour lui, elle ne l'écrase pas. Simplement elle semble dense. Je les vois tous assis, et cela fait comme un immense tapis. Et c'est sur ce tapis que la graine de la parole est jetée. Mais là, on sait juste que la parole est comme de la semence, comme une graine qui désirerait s'enfouir dans la terre pour germer et porter du fruit. Sauf que les choses ne vont pas être simples, ni pour la graine, ni pour le semeur. Parce qu'il a tellement envie que la parole porte du fruit, se multiplie, qu'il jette jette jette sans mesure et partout et que la graine ne va pas pouvoir faire ce pourquoi elle est faite. Elle va mourir, soit sur une terre trop sèche, trop tassée, soit une terre en quantité insuffisante, soit une terre mal travaillée. Mais elle finira par prospérer quand même. D'où vient la différence de rendement? Cela reste un peu un mystère . Différentes qualités de terres, plus ou moins bien travaillées avant ?
4 En ce temps-là, comme une grande foule se rassemblait, et que de chaque ville on venait vers Jésus, il dit dans une parabole :
5 « Le semeur sortit pour semer la semence, et comme il semait, il en tomba au bord du chemin. Les passants la piétinèrent, et les oiseaux du ciel mangèrent tout.
6 Il en tomba aussi dans les pierres, elle poussa et elle sécha parce qu’elle n’avait pas d’humidité.
7 Il en tomba aussi au milieu des ronces, et les ronces, en poussant avec elle, l’étouffèrent.
8 Il en tomba enfin dans la bonne terre, elle poussa et elle donna du fruit au centuple. » Disant cela, il éleva la voix : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »
9 Ses disciples lui demandaient ce que signifiait cette parabole.
10 Il leur déclara : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, mais les autres n’ont que les paraboles. Ainsi, comme il est écrit : ‘Ils regardent sans regarder, ils entendent sans comprendre.’
11 Voici ce que signifie la parabole. La semence, c’est la parole de Dieu.
12 Il y a ceux qui sont au bord du chemin : ceux-là ont entendu ; puis le diable survient et il enlève de leur cœur la Parole, pour les empêcher de croire et d’être sauvés.
13 Il y a ceux qui sont dans les pierres : lorsqu’ils entendent, ils accueillent la Parole avec joie ; mais ils n’ont pas de racines, ils croient pour un moment et, au moment de l’épreuve, ils abandonnent.
14 Ce qui est tombé dans les ronces, ce sont les gens qui ont entendu, mais qui sont étouffés, chemin faisant, par les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie, et ne parviennent pas à maturité.
15 Et ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont les gens qui ont entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, qui la retiennent et portent du fruit par leur persévérance. »
DIMANCHE 20 SEPTEMBRE. Mt 20,1-16a.
Je vous donnerai ce qui es juste.
19, 30 30 Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers.
Si on met cette parabole entre ces deux sentences, elle peut être entendue comme un avertissement. Je vais en embaucher d'autres, car ce qui compte c'est que tous travaillent à , dans et pour le royaume. Je vais revenir et à cette époque là, le retour est considéré comme proche, alors lors du jugement, vous risquez de ne pas appréciez de voir que les derniers arrivés auront la même part que vous dans mon royaume. Ma justice n'est pas la vôtre (du moins tant que l'Esprit Saint n'est pas reçu en plénitude, et oui, des derniers seront premiers… Ce qui importe c'est que chacun recoive ce dont il a besoin. J'aime l'image de la manne, tous en font la récolte, mais on ne fait pas de provisions, chacun reçoit ce dont il a besoin pour vivre sa journée. Donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
1 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
2 Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne.
3 Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.
4 Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.”
5Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
6 Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?”
7 Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.”
8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.”
9 Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier.
10 Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.
11 En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
12 “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !”
13 Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?
14 Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :
15 n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?”
16 C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
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Antoine Nous. Regards Protestants. La bonté du maître
Introduction
Les premiers mots de notre séquence font le lien avec le passage qui précède qui est la rencontre de Jésus avec l’homme riche.
L’homme ne peut pas suivre Jésus parce qu’il est enfermé dans ses richesses. Jésus l’aide à réfléchir à l’aide d’une parabole dont le message est que la bonté de Dieu est plus grande que notre compréhension du juste et de l’injuste.
Points d’exégèse
Attention sur deux points.
Une situation sociale douloureuse
La parabole fait référence à une situation sociale douloureuse qui est celle des journaliers. Les ouvriers agricoles se retrouvaient le matin sur la place du village dans l’espoir d’être embauchés pour la journée.
Quand ils l’étaient, ils pouvaient manger, mais si personne ne les faisait travailler, ils tombaient dans la misère.
Le texte dit que lorsqu’il a vu que des travailleurs qui étaient sur place sans rien faire, le propriétaire les embauche, non parce qu’il a des besoins, mais parce qu’il ne veut pas que des hommes ne puissent pas travailler.
La stratégie du maître pour payer ses employés
À la fin de la journée de travail, il dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers. »
Sachant que tous les ouvriers vont être payés la même somme, la demande ne peut que susciter les protestations des premiers. Si le maître avait voulu avoir la paix, il aurait commencé par les premiers qui seraient partis avec le salaire convenu sans savoir que les derniers allaient recevoir la même somme.
Si le maître commence par les derniers, c’est qu’il a un message à adresser à tous ses employés.
Pistes d’actualisation
1er thème : Qu’est-ce qu’un juste salaire ?
La parabole ouvre la porte à l’utopie d’un monde où les humains seraient tous traités avec dignité, ceux qui travaillent beaucoup et ceux qui ont attendu toute la journée avant de pouvoir le faire. Nous sommes bien dans l’économie du règne des cieux et non dans celui de la logique de notre monde.
Incidemment, cette parabole nous donne une leçon sur ce qu’est un salaire juste : c’est la rémunération qui permet à un homme et à sa famille de vivre dignement.
2e thème : Se libérer de la comparaison
Le message de la parabole est un appel à nous libérer de la comparaison.
Depuis le début de la Genèse, nous savons que la comparaison peut être mortifère. Dans le récit de Caïn et Abel, le premier est jaloux parce que son offrande n’a pas été accueillie alors que celle de son frère l’a été. Que ce serait-il passé si aucune des deux offrandes n’avait été accueillie ? La situation de Caïn aurait été la même, en revanche, il serait apaisé par rapport à son frère.
Ce qui met Caïn en colère, c’est que son frère a ce qu’il n’a pas. Quand Dieu lui dit que le péché est tapi à sa porte et qu’il doit le dominer (Gn 4.7), il l’invite à sortir de l’esprit de comparaison et à se libérer de la jalousie
Le problème de l’esprit de comparaison est que nous trouverons toujours un voisin plus privilégié que nous, ce qui nous condamne à la rancune.
3e thème : Verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon ?
Ce verset qui conclut la parabole en est la clef. Plutôt que de scruter l’assiette de son voisin, des fois qu’il en aurait plus que nous, nous sommes invités à nous inscrire dans la reconnaissance pour ce que nous avons.
Nous sommes d’accord pour que Dieu soit bon avec nous, mais nous regardons d’un moins bon œil qu’il le soit plus avec les autres qu’avec nous. Pourtant le verset qui dit : Verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? est la clef de la parabole.
Les maîtres ont dit que pour se libérer de la comparaison, il fallait s’inscrire dans la reconnaissance. Ils ont dit que le jalousie et l’esprit de comparaison sont comme une bougie qui nous brêle de l’intérieur et que s’inscrire dans la reconnaissance revient à approcher la bougie d’un brasier : elle fond et disparaît.
Une illustration : La parabole des deux frères
Soit une parabole. Deux frères reçoivent un même appel de Dieu pour se mettre au service de l’Évangile.
Le premier entend cet appel, quitte sa famille et renonce à un bel avenir. Il part à l’étranger et se met au service des plus pauvres afin de les aider à trouver une dignité. Comme il est talentueux, son comportement dérange les gens bien installés, et ces derniers se débrouillent pour le faire condamner pour une fausse raison. Il est humilié et mis à mort. Quand il arrive au ciel, le Seigneur l’accueille et lui dit : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ! Tu m’as rendu un service qui vaut mille talents. Je vais maintenant te donner une récompense qui vaut un milliard de talents : entre dans la joie de ton Seigneur ! »
Le second fils entend l’appel de Dieu mais décide de ne pas y répondre car il ne veut pas renoncer à la vie qui lui est promise. Il se marie et fonde une famille heureuse. Il crée une petite affaire et comme il est talentueux, elle prospère et il devient riche et célèbre. De temps en temps, il se souvient de sa foi et il donne un peu d’argent aux œuvres et consacre un peu de temps à sa femme et ses enfants. Arrivé au terme de sa vie, il meurt rassasié de biens et de jours, entouré des siens. Quand il arrive au ciel, le Seigneur l’accueille et lui dit : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ! Tu m’as rendu un service qui vaut vingt talents. Je vais maintenant te donner une récompense qui vaut un milliard de talents : entre dans la joie de ton Seigneur ! »
L’aîné est surpris quand il apprend que son jeune frère reçoit la même récompense que lui. Comme il est au ciel, il a compris ce que la grâce signifie et déclare : « Avec ce que je sais maintenant, si je pouvais refaire ma vie, j’aurais encore plus de raisons de vivre au service de cet Évangile qui accueille pareillement tous les hommes dans ton Royaume ! »
Pour aller plus loin :
Les théologiens Antoine Nouis et Michel Barlow commentent le texte biblique de Matthieu 20, 1-16 : https://regardsprotestants.com/video/bible-theologie/on-nachete-pas-le-salut/