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jeudi 24 mai 2012

Etre consolée: un peu de mon enfance.

Ce matin sur le site"prier.be"j'ai lu cette phrase tirée du prophète Isaïe: "Comme celui que sa mère console Moi aussi, je vous consolerai (Is 66, 13).
Ceci dit la phrase n'est pas complète. Le verset se termine par: "A Jérusalem  vous serez consolés".


Ce qui veut dire que la consolation vient après les épreuves d'une punition liée à l'infidélité (du moins c'est l'interprétation qui est faire). Si on prend au pied de la lettre, on pourrait presque dire: "mon peuple tu t'es détourné de moi, tu m'as offensé alors je t'ai puni en de déportant". Ton épreuve, est ta punition. Là ce serait le côté masculin de Dieu qui se manifesterait. Cette punition, cette épreuve ayant (peut -être) provoqué un changement dans la relation, alors le côté féminin (maternel) lève la punition et annonce de fait le retour à Jérusalem. C'est le dernier chapitre du livre d'isaïe qui annonce le retour et aussi la destruction des ennemis. 



Pour moi, on a besoin d'être consolé quand on vit quelque chose de dur, quand on a mal, quand on est confronté au manque. La punition qui s'arrête ce n'est pas cela la consolation.  


Mais quand j'ai lu cette phrase (tronquée) elle m'a fait choc car je  n'ai aucun souvenir d'avoir été consolée par ma mère, je dirais même que j'ai l'impression d'avoir essayé (ou même dû) moi la consoler (en particulier quand mon père avait été odieux avec elle) mais moi être consolée, je n'ai pas de souvenirs (ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas arrivé). Je crois que dans ma famille, on console les autres en étant "gentil avec eux", en leur faisant de bons trucs à manger (l'oralité a une grande place pour se consoler: ma maman quand j'étais en internat m'envoyait régulièrement des petits colis remplis de bonnes choses) , en ayant de bonnes notes à l'école (la fierté cela répare), mais on ne parle pas de ce qui a fait mal. Donc a priori pas de gestes et peu de paroles en lien avec ce qui s'est produit et qui est une souffrance ou une douleur.

Je dirai même lorsque quelque chose m'arrivait du style chute, blessure, maladie,la première réaction de ma mère était de se sentir agressée par ce qui m'arrivait et donc de m'en rendre responsable. Cela se passait comme si c'était de ma faute, et aujourd'hui je dirai que c'est peut être de cela donc j'aurais besoin d'être consolée. Le jour où je me suis rendue compte que sur un chemin de montagne je n'étais pas la seule à buter contre les pierres a été un jour béni. j'avais tellement entendu "regarde où tu mets les pieds" que j'étais persuadée que c'était de ma faute si je me cognais.   



j'ai l'impression d'avoir appris très vite à me consoler. Je me souviens (et là c'est avant les 4 ans) avoir installé dans le coin où j'étais censée aller quand j'avais fait une bêtise un certain nombre de poupées, ce qui était un bon moyen de me consoler. je dois dire que je suis très fière d'avoir inventé cela. 

Et puis, j'appartiens je crois à une génération où on nous habituait à marcher sur le douleur. Je me vois encore à 7 ans, tomber, m'esquinter le genou, saigner, prendre un mouchoir et le mettre sur le genou, sans en faire un plat, sans même pleurer et même me débrouiller pour que cela ne se remarque pas.  Et pleurer pour ce genre de chose, il ne fallait pas trop, cela ne se faisait pas. 


C'est peut être pour cela que j'ai tellement de mal à prendre spontanément les gens dans mes bras, même s'ils le demandent. En fait je ne sais pas si ma mère était heureuse d'avoir le gros bébé que j'étais dans les bras. Et pourtant moi, j'ai tellement aimé ce temps où je pouvais porter et tenir mes enfants contre moi, juste à la bonne distance (enfin je l'espère) en fonction de ce que je ressentais de leur corps. Consoler un enfant qui a mal, le voir se détendre, retrouver le sourire quelle joie. Maintenant, on peut consoler quelqu'un avec des mots, pas seulement avec des bras. Et là, normalement je pense savoir (au moins un peu) savoir faire.

Etre consolé c'est avoir soit en dehors de soi, soit en soi quelqu'un qui vous écoute, qui vous supporte, qui vous prend en considération, qui vous respecte et qui ne vous juge pas et qui vous aime.  


Il m'est revenu un autre événement de mon enfance, un événement où il eut été important que je puisse être consolée, seulement j'étais seule avec mon père, j'étais remplie de honte par ce que je venais de faire et ma mère était à des kilomètres. J'avais juste 8 ans, je passais mes vacances en Suisse dans un vrai château. Il y avait les invités (beaucoup d'artistes) et le personnel. J'étais la seule enfant et du coup j'étais fort contente d'avoir trouvé le fils de la cuisinière pour jouer avec lui. D'une certaine manière je me sentais plus proche de ce "petit monde" que de ce "beau monde" où mon père se mouvait avec joie. Moi je m'y sentais mal. 


Un soir nous avons joué à envoyer des pierres sur une cible, mais hélas la pierre a atteint le garçon en question qui a pleuré et a été blessé. Alors pour moi ça a été la panique. Je m'en suis voulue terriblement, et je me suis sauvée dans ma chambre, sans rien dire à personne. Je me suis couchée en larmes sans voir qui que ce soit (et personne d'ailleurs ne s'est ému de ne pas me voir). 


Le lendemain j'ai juste su que la cuisinière ne voulait plus que la "petite demoiselle" parle à son fils. Alors oui, je crois que j'aurais voulu être consolée, que quelqu'un me dise que certes j'avais fait mal à cet enfant, mais que je ne l'avais pas fait exprès (quoiqu'en dise Papa Freud et les actes manqués, parce qu'on peut toujours tout interpréter), que je n'étais pas méchante, que je n'étais pas nulle. Peut être qu'il aurait fallu que j'aille au moins m'excuser de ce geste malencontreux, bref mettre des mots. 


Etre consolée c'est être entendue. Etre consolée c'est pouvoir dire ou ne pas dire, c'est pouvoir expliquer ou ne pas pouvoir expliquer, c'est ne pas être jugée, même si l'acte en soi peut être répréhensible.C'est surtout ne pas être seul. 


Si j'aime autant le chat de de Kipling  (les histoires comme ça) "qui va seul par les sentiers mouillés" c'est peut être parce que même si aujourd'hui je ne suis plus seule quand il m'arrive quelque chose, je l'ai été dans l'enfance et que cela marque considérablement.


samedi 7 janvier 2012

Comme une vision

Lors de la consécration, on élève l'hostie et pour moi le geste du célébrant est très important. Parfois quand un rayon de lumière tombe sur ce pain, je trouve cela beau. L'hostie on la voit, elle a une forme un poids, même si je regrette profondément le fait qu'elle soit plate, sans volume.

Mais pour le calice, finalement on voit le contenant pas le contenu. Hier j'ai eu comme l'impression que le vin contenu dans le calice était recouvert d'une espèce de petit nuage, d'une petite brume, un peu comme la condensation de la respiration quand il fait froid et que c'était - on pourrait dire l'esprit du vin- qui montait, qui faisait pont entre le haut et le bas.

Quand on pense au vin de manière laïque, on parle de son bouquet, de ce subtil qui se dégage de lui simplement quand on le respire. Bien sûr on parle aussi des vapeurs de l'alcool qui embrument le cerveau...

Mais dans ce que j'ai ressenti c'était un peu le subtil du vin, son essence en quelque sorte, non pas qui s'évaporait parce que là il y aurait eu disparition, mais qui se transformait en ce nuage qui manifestait une présence. Et cela me disait le divin.

j'ai aimé cette image qui m'a permis  pour une fois d'entrer un peu dans la transfiguration. Quitter ce que voient les yeux de chair pour voir autrement.

lundi 19 décembre 2011

Pleurer sur un autre que soi...


Lc 19,41 "Quand il approcha de la ville et qu'il l'aperçut, il pleura sur elle"


J'ai reçu un message d'une amie me demandant d'envoyer des pensées positives et aimantes sur notre planète le 17 décembre; plusieurs fois ce jour là, j'y ai pensé et me suis comme vue tenant un globe terrestre dans les mains et soufflant sur lui pour lui donner une enveloppe d'amour. Je dois dire que je pensais aussi à mes petits enfants et à mon désir de leur laisser une planète en pas trop mauvais état. Tout en visualisant ce globe dans son enveloppe de "bonnes pensée" je ne pouvais m'empêcher de pleurer sur ma planète bleue, ma planète qui certes a son propre mode de vie, mais que le notre perturbe certainement.

Quand il y a un tremblement de terre, j'ai souvent l'idée que la terre se secoue parce qu'il y a trop de monde qui s'agrippe à elle, et qu'elle s'en débarrasse à sa manière, un peu comme un animal qui se secouerait pour chasser quelque chose qui le gêne.  Alors cette terre qui est mienne, peut être faut il pleurer sur elle, car nous la conduisons à une certaine destruction. Quand on regarde sur un globe les iles de l'Indonésie, j'y vois toujours un ou des dragons.. Et les dragons ça n'aime pas trop les humains...

Or pleurer "sur" un autre que soi n'est pas si évident. Bien sûr si lors d'un enterrement on a la larme à l'oeil (ce qui est souvent mon cas), on pleure certes pour celui ou ceux qui devront continuer à vivre sans celui ou celle qui est parti, on peut pleurer sur celui qui est parti surtout s'il a beaucoup souffert (la mort d'un enfant en particulier, parce que vu à notre aulne il n'a pas eu son compte de vie) et on peut pleurer sur soi, parce que la mort nous concerne tous et que ce qui se célèbre là renvoie à ma finitude.

Dans l'évangile de Luc, il est étonnant que ce soit le jour de ce qu'on appelle l'entrée triomphale à Jérusalem que Jésus a les larmes qui lui montent aux yeux. Il ne pleure pas sur lui et pourtant il sait ce qui l'attend. Il pleure sur Jérusalem parce qu'elle n'a pas entendu le message, parce que d'une certaine manière elle va vers sa perte, vers sa ruine (que ce soit une ruine spirituelle ou la ruine liée à la guerre). Il s'émeut pour elle, il souffre pour elle, ce qui veut dire que cette ville, il l'aime. Pleurer sur un autre que soi, c'est dire: je vois dans quel état tu es, je tiens à toi, je suis malheureux pour toi et ce qu'autant plus que je ne peux rien faire de plus, mais je t'aime telle que tu es.

Il m'est arrivé plus d'une fois d'avoir les larmes aux yeux en écoutant certains patients, mais cette sensibilité qui est la mienne, et que parfois je ne peux analyser ni contrôler, elle me renvoie souvent à ma propre impuissance. Je ne peux rien faire, sauf être un peu là à un moment donné. Peut être que je pleure un peu sur moi à défaut de pleurer sur eux, même si ma compassion est réelle.

On parle souvent d'un Bouddha de compassion. Moi je me plais à imaginer que aujourd'hui encore Dieu puisse quand il regarde notre terre pleurer sur elle. Pleurer non pas à cause de notre péché qui devrait le faire souffrir (ce que je ne crois pas si Dieu es Dieu), mais pleurer parce qu'Il aime ceux qui sont là et qu'Il se désole de voir que la convoitise reste trop souvent le maître mot et que comme le disait Saint François, l'Amour n'est pas aimé.


mardi 6 décembre 2011

Le Pardon, comme un exercice

Dans un livre que j'ai lu récemment, "la cabane", on explique que pardonner c'est cesser de couloir sauter à la gorge de l'autre pour l'étrangler (cela c'est une image qui me parle), puis à un autre moment il est demandé à celui qui est la victime de dire à l'auteur du mal: "je te pardonne" de le dire et de le redire.

Sur un forum chrétien(évangélique) j'avais posté un billet sur le procès du frère Pierre Etienne* et j'avais reçu une réponse lapidaire d'une des administratrices du forum, à la limite de la correction. Inutile de dire que cela a provoqué chez moi une colère intense: si elle avait été en face de moi, toute handicapée qu'elle soit, elle aurait pris ma main dans la figure **. Je me suis raisonnée, j'ai pensé qu'il pouvait être important de vivre ce que je ressentais comme une humiliation en me disant que c'est une bonne chose et que je pouvais dire merci. Ce n'était pas le merci de la louange (merci Seigneur, parce que tu sais ce qui est bon pour moi) c'était merci de me faire un tout petit vivre ce que Toi, Tu as vécu (en fait je pensais à l'épisode du procès Jn18 quand Jésus reçoit une gifle), mais bon, ça grognait quand même pas mal en moi.

Cela de fait me taraudait encore et encore. Alors avant de m'endormir j'ai essayé de dire, de redire, de re re dire: "je te pardonne X". Puis mon naturel a repris le dessus et comme Jonas avec son ricin, je trouvais que j'avais bien raison d'être en colère, même si compte tenu de la manière dont cette personne écrit sur le forum, je pouvais me dire que son agressivité est peut être "maladive" du style stress post traumatique, ce qui pouvait me permettre de changer mon regard et d'avoir (un peu) de compassion. Mais une disqualification c'est toujours difficile à vivre et à accepter: cela ramène toujours à des blessures et ça fait mal.

Mais même si j'ai encore dit "je te pardonne" (et je trouve que cette phrase est importante, car quand je dis "je" je m'engage moi, ce n'est pas un pardon remis à Dieu, c'est le mien, même s'il m'arrache la bouche), je me suis endormie en pestant contre cette manière d'agir.

Le lendemain une amie qui est sur le même forum, m'écrit et me signale que le titre du billet a été changé. Du coup je vais voir et je constate à ma grande joie qu'une autre administratrice a changé effectivement le titre en tenant compte de ma suggestion.

Je crois que cela se passe de tout commentaire. Simplement maintenant je peux dire dans mon coeur à cette personne, non pas "je te pardonne" mais "je t'ai pardonné", ce qui est encore autre chose.

Alors peut être que cet exercice, car c'en est un, est un exercice nécessaire et qu'il est très positif. En tous les cas outre la joie d'avoir été reconnue par une autre, il y a surtout le plaisir de ne plus me sentir bouffée par cette colère. Je reconnais aussi qu'il s'agit d'une toute petite chose. encore aujourd'hui quand on lit la phrase sur "la charité qui pardonne tout, excuse tout", au fond de moi je me demande si elle peut pardonner l'inceste et tout ce qui tue l'être humain en le réduisant à l'état d'objet. Mais là c'était quelque chose comme une offense ordinaire.

* Le procès de cet homme, qui était dans la communauté des béatitudes pour attouchements sur mineurs vient de se terminer par une condamnation à 5 ans de réclusion.

** Dans ce genre de situation, je ne réponds jamais pas écrit le jour même, je me laisse toujours du temps. Ceci explique que je n'ai pas répondu sur le forum, ni par mp.

mercredi 30 novembre 2011

"S'écouter, écouter son corps";


Ce billet a été écrit dimanche 27 novembre, 1° dimanche de l'Avent. 

Je pense que comme beaucoup d'enfants de ma génération (celle de la 2° guerre mondiale)  j'ai été élevé dans "marcher sur la douleur" être plus fort qu'elle. Cette manière de fonctionner, du moins tant que c'est possible donne de grandes satisfactions (narcissiquement parlant).A cela s'ajoutait le fait que étant une fille, donc par définition une pleureuse,ne pas pleurer quand par exemple j'avais le genou en sang, était très satisfaisant: d'une certaine manière j'avais ma récompense.

Ceci pour dire, que se plaindre n'était pas bien vu et que la douleur il faut la mater, être plus fort qu'elle.

Hier, j'ai eu envie de travailler dans le jardin, ce travail ingrat qui consiste à ramasser les feuilles mortes, qui envahissent la pelouse qui a été refaite, donc faire cela pour éviter que cela ne pourrisse. Et puis s'il y a des feuilles qui sont belles, celles là ne le sont pas, alors c'est un peu comme donner un coup de propre et j'aime bien cela. Bien sûr j'aurais pu attendre un grand coup de vent pour que cela parte sous les haies, mais à l'expérience, ce n'est pas un bon plan. Alors j'ai ramassé, je me suis gorgée de l'odeur de l'humus (ça j'aime), mais le sac à déchet étant de plus en plus lourd, je me suis fait mal "aux reins" en le soulevant et en le ramenant sur la terrasse.

J'ai avalé un anti inflammatoire en me disant que cela allait durer le temps d'une nuit, mais que nenni, ce matin le mal est toujours présent. C'est une douleur qui me fait penser à une phrase que l'on va lire aujourd'hui dans la première lecture Is 63:  "Ah si tu déchirais les cieux, si tu descendais".

Ce que je ressens dans mon corps c'est bien cette sensation de déchirement, de quelque chose qui évoque le travail de l'enfantement (accoucher par les reins dit on parfois).

Alors ce truc là, que peut il bien me dire, mis à part le fait que je vieillis et qu'il y a des trucs que mon corps n'aime pas plus et qu'il proteste. Peut être que quelque chose doit naître. Après tout c'est le temps de l'avent, le temps de ce qui doit advenir, naître.

Comme me l'a déjà suggéré le frère Benoît, je me suis écoutée... Je ne suis pas allée à la messe pour rester sans bouger, sans faire d'efforts, sans risquer de faire de mauvais mouvements. Cela en soi est important, car il y a des restes de l'adolescence: ne pas manquer la messe du dimanche, surtout peut être quand on rentre dans la préparation d'un temps plus spécifique.  C'est sortir du "s'écouter c'est défendu, c'est mal".

Et puis j'ai repensé à une séance non pas de shiatsu mais de "cristal" au cours de laquelle la thérapeute m'a fait répété les phrases suivantes: "j'ai le droit d'être heureuse", puis "j'ai le droit d'être malheureuse". Je dois dire que cela m'a interpellée car jamais je n'ai osé dire les choses comme cela: avoir le droit. Je ne pense pas avoir reçu ce droit... Et là, je peux me dire que ce mal de reins ne touche pas à ce droit: je peux avoir mal, le dire aux autres et continuer à être heureuse. Je peux me dire que ne pas aller à la rencontre du dimanche, certes c'est dommage, mais cela m'a permis de regarder la messe à la télé et surtout un reportage sur Jean XXIII qui est et qui restera "mon" pape.

Alors ce n'est pas "à quelque chose malheur est bon", non c'est autre chose qui peut naître de cette expérience de ce jour. Quelle que soit ce que me réserve la vie, j'ai le droit peut être pas de me sentir bien si la douleur est là, mais sans que cela n'entame pas mon droit à être heureuse (ce qui est différent pour moi du bonheur). On a tellement voulu faire de ce qui fait mal, soit une punition, soit une rédemption...  Lytta basset dit quelque part, "est mal ce qui fait mal". Oui j'ai mal, et l'important est peut être de faire ce qu'il faut pour que cela diminue.

Accepter cela c'est je crois aller vers une certaine unification de soi. Et je pense que cette unification, c'est peut être cela qui rend heureux.

mardi 29 novembre 2011

Exultant de joie.. Jésus dit: Père, Luc 10, 21

J'étais étudiante, responsable d'amphi au centre Richelieu. Toutes les semaines nous avions un texte d'évangile à "méditer". Il n'y avait aucune consignes de lecture pour prier ces textes, je veux dire qu'il n'y avait aucune "technique" particulière pour prier ces mots, simplement prendre du temps pour les laisser vivre.

Ce texte de Luc a été pour moi une des choses les plus importantes qu'il m'a été donné de recevoir.

J'ai à ma manière "exulté" moi aussi parce que ce jour là, j'ai pu comme Jésus entendre ce mot de Père. Bien sûr j'avais lu et relu le texte, mais tout d"un coup il a pris sens pour moi avec ce simple mot. Je suis restée comme aimantée par ce mot. Il résumait tout le texte que nous avions à méditer. Et ce pouvoir des mots sur moi, il est toujours aussi fort aujourd'hui. l'Esprit Saint devait à l'oeuvre, mais je ne le savais pas. Il a soufflé ce jour là et il m'a donné une immense joie.

D'un coup je  suis passée à une relation qui était très christocentrique (quand on découvre la personne de Jésus à 10 ans, il devient une sorte de grand frère, de super copain et même si les choses évoluent un peu avec les années ce coté de familairité demeure) à quelque chose de radicalement différent. D'une certaine manière le Fils s'effaçait pour faire place au Père et cela était pour moi une révélation. Il m'avait révélé quelque chose du mystère trinitaire.

Puis les années ont passé... J'ai certainement évolué (où la vie m'a fait changer et un jour je me suis rendue compte que ce mot de Père je ne pouvais plus le prononcer car il était comme englué dans des rituels qui eux mêmes me paralysaient. Je pense que je me suis laissée comme piégée par  une représentation de Dieu qui était Dieu dévorant (il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant est-il écrit dans l'épitre aux hébreux). De ce Dieu là je ne voulais pas et je l'ai laissé choir.  Dans cet espèce de combat entre moi et Lui, je me suis choisie moi et j'ai vécu sans Dieu pendant des années. Je sais que cela paraît gonflé de dire les choses ainsi,mais je n'ai pas "besoin " de Dieu pour vivre, j'ai le "désir" de Lui ce qui pour moi est autre chose.

Appeler Dieu par ce nom de Père n'est toujours pas simple pour moi. Qui n'a pas eu des problèmes avec son propre père, qui n'a pas pas projeté de son père sur Dieu ou de Dieu sur son père?

Quand j'ai repris une pratique, j'ai écrit un petit texte: "pour ceux qui ne peuvent dire Père à Dieu"http://www.portstnicolas.org/Quand-il-est-impossible-de-dire.html.

Encore aujourd'hui quand je dois au cours d'une célébration dire cette prière, bien souvent je laisse les autre dire la première phrase et j'ajoute "aujourd'hui" aux différentes demandes. Peut être parce que au fond de moi, je ne suis pas sûre de ce que je serais demain et si demain je pourrais donner ce nom là à Dieu.

Mais ce cadeau que j'ai reçu autrefois a été une source de joie pendant des années . Aujourd'hui il y a d'autres cadeaux, d'autres signes: la phrase du cantique de Judith qui dit en parlant de Dieu:  "son nom est le Seigneur"Ju 16, 2, remplace pour moi très bien Luc 10, 21....

dimanche 20 novembre 2011

"Couler"

Quand on se noie on dit qu'on coule, qu'on tombe dans un milieu qui ne permet pas de respirer et donc on perd le souffle et on meurt.

On dit aussi que l'on se coule dans le désir de l'autre quand on a envie de lui ressembler ou d'être aimé par lui. Pour ce faire, pour devenir "un peu" comme l'autre, on essaye de se nourrir de tout ce qui peut sortir de lui, de ses paroles, des ses gestes, de ses regards.

Quand Jésus dit: celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui Jn 6, 56 peut être peut-on entendre ceci : celui qui se nourrit de ce que je suis et qui bois ce qui sort de moi, celui là devient moi.

Or que sort il de Jésus, il sort d'une part le sang (qui s'il n'est pas versé dans quelque chose s'écoule et s'en va, car comme tout liquide il a besoin d'un receptacle) et d'autre part le souffle (répandu sur la croix et lors des apparitions d'après l'évangéliste Jean).

Ce matin je disais en transformant la prière du coeur: "fais couler en moi ton Esprit Saint". L'image qui est alors venue (à partir du mot couler, car c'est souvent ainsi que je fonctionne, ou que ça fonctionne) a été celle du sculpteur qui fait couler le bronze dans un moule.

Alors que bien souvent quand je demande que L'esprit Saint vienne, c'est l'image de l'eau qui coule sur mon corps, mais même si cela symbolise l'eau qui purifie, cela est extérieur de moi, même si je peux m'en envelopper. Là j'ai compris qu'Il coulait aussi à l'intérieur de moi, qu'Il pouvait remplir tous les vides qui sont en moi, sans pour autant les boucher et que finalement mon corps est une sorte de moule qui est appelé comme tout moule à disparaître pour que la "forme" soit visible. Il n'en demeure pas moins qu'il y a dans cette optique un travail, permanent de création en moi et que cela c'est aussi mon désir.

Quand Paul écrit: "vous êtes le temple de l'esprit saint", c'est peut être cela qu'il veut dire(1Cor 6,16) c'est à dire que l'Esprit Saint qui est en vous crée un temple c'est à dire un lieu de résidence pour Dieu. mais jusque là je ne m'étais jamais posé de question sur la forme du contenant (argile dira le même Paul ailleurs 2Cor4,7) mais peut être que le moulage soit correct il faut que le moule soit bien travaillé lui aussi.

Chez Marie, ce coulage (le très haut te prendra sous son ombre) a pris une forme particulière: celle du fils; chez moi, je ne sais quelle forme sortira.
Cela c'est le travail du sculpteur. Le tout c'est juste de demander que "ça coule" pour créer de la vie. Que la forme m'échappe,puisque ce n'est pas moi qui la crée, c'est certainement une très bonne chose, car là je suis obligée de laisser faire, de me laisser faire.

Alors sentir en soi ce flux et en même temps cet arrêt du temps est une grâce qui permet juste de dire merci et de louer.


jeudi 13 octobre 2011

"La fin et les moyens"

Je renvoie au billet http://giboulee.blogspot.com/2011/10/la-fin-et-les-moyens.html

Ce qui m'apparaît clairement aujourd'hui, après une rencontre avec Frère Benoît, c'est que notre vie c'est comme le vignoble. Elle nous est donnée pour que nous en fassions quelque chose dans la mesure de notre possible, mais elle n'est pas à nous, elle n'est pas notre chose, elle ne nous appartient pas.

Alors quand on dit que l'on donne sa vie à Dieu c'est simplement se rapeller que cette vie, elle n'est pas à nous,mais à lui, que nous n'en sommes pas propriétaires et que du coup il a son mot à dire, à  en dire. Nous ne sommes (je ne suis) que gérant.

mercredi 12 octobre 2011

"Petite colère".



Je dis petite colère, mais avant-hier j'ai passé une partie de la journée en rogne. Impression peut être de ne pas exister assez dans ce que je fais (et qui n'est pas que pour moi). bref, de la colère. Impression de passer la journée à m'occuper du jardin, de la maison, de la cuisine, bref grrrrr. Comme si c'était normal que je me coltine tout ça.

Pour moi, aujourd'hui, pas question de ne dire: la colère ce n'est pas bien tu l'enlèves de ta tête. Si colère il y a, c'est qu'il s'est passé quelque chose, que le quelque chose m'a fait ou me fait mal, donc pas question de faire comme si ça n'existait pas.

Donc je me suis couchée avec ma colère et je l'ai retrouvée au matin. Simplement dans le temps que je me suis donnée avant de me lever vraiment, j'ai ouvert mes sens: j'ai écouté le chant des oiseaux, les bruits de la maison, les bruits de la rue, de la vie. J'ai senti l'air qui entrait en moi, je l'ai humé si l'on peut dire. Et je me suis sentie remplie par autre chose.

J'ai alors demandé d'être envahi par cette onde (liquide) d'apaisement et que cette eau dilue petit à petit la colère qui était en moi et qu'elle l'entraîne par un petit trou en dehors de moi. Le fait de diluer la colère ne veut pas dire qu'elle n'existe plus, mais petit à petit elle perd de sa violence, elle s'évacue parce que le trou est fait pour ça et moi je me remplis (ou me laisse remplir) d'autre chose.

Cela me permet à la fois de reconnaître la colère, de ne pas l'évacuer d'un coup de baguette magique, de lui laisser sa place parce qu'il y a une souffrance donc de m'entendre dans ma souffrance, mais petit à petit de ne pas la laisser tout envahir, mais se diluer dans cette présence de la vie qui est en moi, qui palpite, qui me fait exister autrement mieux que la colère.

J'aime cette image du petit trou par lequel petit à petit la colère mélangée à autre chose, s'évacue en douceur. Peut être un peu comme une écluse qui se lève et qui permet à l'eau de couler au lieu de stagner et de devenir vivante: eaux mortes, eaux vives.



vendredi 7 octobre 2011

Etait ce un rêve?

Quand j'ai su que ma belle fille devait subir un traitement lourd pour son cancer du sein, j'ai commencé à réfléchir au futur et je me suis dit que ce cancer là pouvait un jour devenir mortel. J'ai alors pensé à ma petite fille et je me disais que j'aimerai faire n'importe quoi pour lui épargner cela.

En d'autres termes, j'ai pensé que si je le pouvais j'aimerai donner ma vie pour que F. vive, pour que ma petite fille ne vive pas cette horreur. Je sais que c'est voir les choses en noir,  qu'il est plus que possible que le traitement éradique la maladie et que ma crainte soit vaine, mais le désir était en moi.

De toutes les manières, il n'est pas possible de donner sa vie pour qui que ce soit. Certains saints l'ont fait, mais dans la vie de tous les jours, cela reste du désir, du rêve. La magie n'existe pas et la mort est là.

Mais, j'ai demandé à Celui qui a donné sa vie, de faire ce qu'il fallait pour que la vie soit conservée pour F. même si la mienne devait s'achever maintenant. Là aussi, je sais que c'est fou mais peu importe.

D'une certaine manière pour peut être la première fois, je pouvais donner ma vie pour qu'elle serve à quelqu'un d'autre. D'accord ma vie elle a eu son temps donc en soi ce n'est pas si grave. Mais quand au cours de certaines messes de retraite aux quelles j'assiste, j'entend des personnes qui s'offrent, qui se donnent, moi je suis perplexe. Je ne me sens pas capable de faire cela. Pour moi c'est un jour après l'autre, chaque jour étant différent. Que je dise ou demande d'être ouverte à la présence de l'Esprit  Saint en moi, oui, mais un jour après l'autre. Peut être parce que je ne suis pas sure du lendemain.

J'ai assisté une années à un baptême dans l'Esprit à la fin d'une retraite des 30 jours. Il a bien été demandé à la personne qui faisait cette démarche de s'offrir complètement, de ne pas garder de domaines réservés. Cela m'a rendue perplexe, même si moi cette fois là j'ai reçu une phrase... Bref c'est une démarche que je ne comprends pas. Ou alors c'est prends ma vie pour que ma vie serve comme la tienne à être utiles à d'autres. Cela je pense pouvoir le dire, mais le faire ou le laisser faire.. Pas évident.

N'empêche qu'il y a eu ce désir là.

Un ou deux jours après, au petit matin j'ai fait un rêve. J'étais dans un petit groupe de prière que je ne connaissais pas. Il y avait deux ou trois personnes seulement. Elles me demandaient si je voulais être bénie par elles. J'ai répondu par l'affirmative, elles ont posé leurs mains sur moi et là il s'est passé quelque chose que les mots ont du mal à décrire.

Une paix intense, m'a envahie, mais c'était tellement puissant que d'une certaine manière il y avait mon corps qui ressentait cette paix et moi qui n'était plus dans mon corps, qui regardait, qui comprenait ce qui se passait mais qui était dehors. Puis tout s'est remis ensemble car je me suis réveillée, avec cette sensation de plénitude que je n'avais ressenti aussi intensément.

C'est un peu comme si ce que j'avais demandé avait été entendu et accepté. Peut être que moi qui ai toujours dit que j'étais incapable de "me donner", quelque chose avait changé. D'accord je peux (sous réserves) donner ma vie pour quelqu'un que j'aime, alors peut être que j'arriverai à me donner, peut être simplement à me laisser envahir (et aussi dépouiller) dans ce chemin qui est le mien., mais je ne décide rien.

J'en ai parlé aujourd'hui à une amie qui me dit avoir ressenti une sensation de plénitude totale après avoir demandé le baptême dans l'Esprit. Pour elle c'est une effusion de l'Esprit. Alors peut être que c'est ce qui s'est passé cette nuit là. En d'autres termes,je me suis donnée et j'ai reçu en plénitude, mais quelle plénitude, tellement intense qu'une partie de moi est partie dans un ailleurs qui pourrait s'appeler ciel.

Que ceci soit arrivé pendant la nuit me permet aussi de comprendre pourquoi Dieu parle souvent par visions. Cette torpeur permet de vivre des choses qu'il ne serait pas possible d'accepter dans l'éveil.

Je ne peux que m'émerveiller de cette sollicitude dont je suis l'objet.


mercredi 5 octobre 2011

Louange suite

Je pense avoir compris ce qui ne va pas pour moi dans ce groupe qui est je ne dois pas l'oublier un groupe charismatique, mais surtout un groupe où la plus part d'entre eux ont fait un chemin identique qui les a menés au don de l'Esprit (que ce soit effusion, baptême).

La louange c'est se détourner de soi à un moment donné pour se tourner vers Dieu, dire merci et aussi s'extasier (que tes oeuvres sont belles, que tes oeuvres sont grandes). Dans un groupe ceux qui "animent" doivent permettre aux autres de se décentrer ainsi d'eux mêmes, sans pour autant oublier les difficultés, les souffrances, les deuils etc. Louer ne veut pas dire se désolidariser.

Ce que je ressens dans ce groupe, c'est que la louange a un but (pas dit) elle une sorte d'exercice pour fabriquer du groupe. Elle est là pour que le groupe de personnes de la communauté ou de la communion se sentent exister, constatent que l'Esprit Saint continue à se manifester parmi elles (exercice des charisme) et c'est cette fonction de la louange qui ne me va pas.

Il s'agit de faire de la louange, de fabriquer de la louange et non pas de louer pour que Dieu à un moment donné soit vu dans sa splendeur. Louer Dieu c'est pouvoir plus facilement parce qu'on est ensemble le contempler en laissant tomber ce qui nous inquiète, ce qui nous fait peur, ce qui obscurcit notre regard.

Je ne dis pas que cela n'existe pas dans ce groupe, puisque tous les mots toutes les phrases dites vont dans ce sens, mais si je ne m'y sens pas, c'est que la louange unit le groupe d'une manière souterraine, et de ce fait elle ne déborde pas sur le monde.

Groupe de prière/ louange

Deux soirées à Tigery et vraiment je ne m'y retrouve pas. J'ai l'impression de m'agiter (ou de me laisser agiter par un rythme qui n'est pas le mien). Les seuls chants où je suis bien ce sont ceux à l'Esprit Saint et le chant en langue, parce que maintenant il sort tout seul, ce qui était loin d'être la cas avant la dernière fête de Pentecôte.

Curieusement ce n'est que ce matin, et même tard dans la matinée que je me suis retrouvée paisible. J'étais dans la cuisine et j'avais des pommes de terre à peler et là, j'ai comme ralenti le geste, pris le temps de faire sans hâte, lentement avec plaisir. Pas faire parce qu'il faut que ce soit fait, mais faire pour être dans le geste, pour être dans le moment, pour être dans la douceur. J'ai eu beaucoup de mal ce matin avec la Prière du Coeur (heureusement que je sais que ça pulse tout seul), mais comme s'il me fallait évacuer quelque chose de pas bon.

J'ai toujours cette impression d'artificiel, de il faut... Et cela ça ne me va pas. Et puis c'est trop centré sur soi. Si à la messe (pas toujours mais souvent) je ressens le corps, là pas. Il y a des gens qui chantent, qui font des gestes (mais je n'ai pas assez de place pour faire de beaux gestes et je n'aime pas trop en faire), mais ça ne fait pas corps, ce n'est soudé, uni, unifié. Enfin cela c'est mon ressenti.

Je continue à croire que la louange elle n'est pas faite pour rester dans les murs d'une église ou d'un lieu. Elle doit s'élancer, elle doit casser les murs, et elle doit s'unir à toutes les autres louanges qui ont lieu au même moment.





Je retourne encore la semaine prochaine et après qui vivra verra (ou à mon avis ne verra pas).

Mais quelle choix d'avoir enfin le chant en langues. C'est comme d'avoir juste à ouvrir le robinet pour que ça sorte; autrefois c'était simplement une sorte de vocalise (et encore parce que je devais la chercher, elle n'était pas spontanée), après il y avait la phrase Talitha Koum que je pouvais parfois chantonner en m'appuyant sur l'harmonie de chant des autres et maintenant il y a le mien propre, qui peut jaillir. Et là, parce que je ne maîtrise rien, parce que je ne cherche pas à faire du sens, parce que je lâche toute critique, alors il y a de la paix et de la joie.

dimanche 2 octobre 2011

Intime

Pourquoi un nouveau blog? Pourquoi ce titre?

L' obsidienne dorée ou oeil céleste a un peu la couleur de mes yeux.
C'est une pierre qui me ressemble.


Je suis quelqu'un d'assez secret, on pourrait presque dire un "taiseux". Or même si mon blog principal permet certainement de cerner un peu qui je suis, comment je pense, comment j'évolue avec le temps et les événements, ma vie spirituelle est du domaine très privé et j'ai du mal à me dévoiler, à parler de ce que la relation à l'Esprit Saint modifie en moi. Il y a des expériences qui existent, mais dont il est difficile de parler et pourtant peut être que d'autres que moi les vivent, même s'ils ne le diraient pas avec ces mots qui sont miens.

Etre porteuse d'eau pour moi c'est transmettre, alors ce blog de l'intime est aussi transmission.

Le journal de ma vie avec un petit nodule cancéreux a je l'espère permis à certains des lecteurs d'apprendre des choses sur cette maladie, sur son traitement (vu au travers de mes lunettes) et aussi des moyens que j'ai utilisé pour lui donner un sens ou un semblant de sens.

Ce blog veut aller un peu dans cette continuité. Même si d'une certaine manière je suis unique, le chemin que je suis ne l'est peut être pas et aujourd'hui j'aimerai en parler, même si cela n'est pas si facile car de son dedans, de son coeur c'est se mettre à nu, se livrer.

Il s'agit là d'un témoignage de ce qu'un chrétien tout à fait basique, tout à fait normal peut vivre.

Pourquoi un ruisseau murmure t il?




En 2001, peu après l'ordination de mon fils aîné, j'ai participé un peu sur un coup de tête à un stage de prière du coeur au Prieuré d'Etiolles avec Benoît Billot.

Benoît Billot, j'avais fait avec lui une rencontre peu banale. Le vendredi saint de cette année là, je suis venue passer un petit bout de temps à l'heure de midi au prieuré. C'est un reste des pèlerinages de Pâques avec le Centre Richelieu: rester avec Lui pendant ce temps où il est en train de passer.

Cette année là, je n'allais pas bien. la vie à deux était difficile. J'arrive donc au prieuré. A l'entrée de la chapelle il y a un oranger du Mexique, un grand arbuste.


Un homme avec une casquette était en train de le tailler. Pour moi cet homme était un jardinier. Je passe devant lui, et il me dit: Madame est ce que cela vous ferait plaisir d'avoir quelques branches? Cet homme c'était Benoît que j'ai alors reconnu, mais pour moi il a été ce jour là "le jardinier de Marie Madeleine " le matin de la résurrection. Ce don a été très important pour moi. Voilà pour parler un peu du lien qui existe entre moi et frère Benoît, même si lui l'a oublié et ne sait pas à quel point ce signe a été important et nécessaire pour moi.

Pour en revenir (désolée pour l'esprit d'escalier, mais réexplorer le passé n'est jamais facile), lors de ce stage de prière du coeur, il y a eu une "manducation de la parole". Cela consistait à dire tout haut la phrase de la prière du coeur: Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. j'ai vécu une expérience que je n'ai jamais remis en doute (d'ailleurs c'est peut être une de mes caractéristiques, ce que je vis, ce que je reçois je l'accepte et je ne me pose pas ou peu de questions parce que cela produit en moi du changement). j'ai ressenti une très forte chaleur, une douce chaleur dans le ventre et en même temps j'ai été prise de sanglots. A la fois je tremblais et à la fois j'étais dans la chaleur. Immédiatement pour moi cela a été une expérience de présence de l'Esprit Saint en moi. Cette chaleur a perduré toute la nuit et le lendemain, Benoît a parlé lui d'Energie divine, mais pour moi c'était la même chose.

Puis juste après une question: pourquoi un ruisseau "ça murmure"? Un ruisseau ce n'est jamais muet, cela bruite. Bien sûr il y a des explications, mais ce chant je l'aime et peut être que au fond de moi il y avait ce désir d'être un ruisseau murmurant, d'être comme le dit Tagore "un roseau que Tu puisses remplir de Ta musique".

Hier, c'est à dire presque 10 ans après je pense avoir vécu une expérience qui répond à cette question (comme quoi il ne faut jamais désespérer d'avoir une réponse). Je priais dans mon lit avec la prière du coeur. Quand je pratique cette forme de prière (en principe tous les matins), il y a souvent des pensées qui viennent et ces pensées quand elles concernent des personnes que j'accompagne, ou des réflexions sur l'écriture, je les laisse venir.

Je me souviens avoir pensé à la question de se sentir exister, ce qui est fondamental pour pouvoir dire Je. Et à un moment j'ai eu la sensation que au fond de moi, il y avait comme une sorte de masse (comme la mer quand elle devient profonde) qui bruitait en permanence et qui priait, qui disait les mots de la prière ou d'autres, mais qui d'une certaine manière "murmurait" en permanence, quoique je je fasse. Je ne peux pas dire que je suis devenue un moulin de prières, mais il y a en moi désormais quelque chose qui peut prier, qui peut être en permanence.

Cette sensation est une sensation de plénitude, de paix et de joie. C'est en moi, cela me constitue, cela existe et cela palpite comme un coeur ou comme un ruisseau qui murmure.

C'est peut être cela une des raisons de l'existence de l'homme:devenir un ruisseau qui chante en qui chante quelque chose de Dieu.