lundi 15 avril 2013

Reflexions à partir du texte " le pharisien et le publicain"

c'est un vieux texte, mais comme je n'aime pas trop conserver en brouillon, je le publie aujourd'hui, tel quel.


C'est le texte proposé par la liturgie aujourd'hui (vendredi 8 Mars, Luc18,4-9) . C'est un texte que je trouve difficile; même si on sait (début du texte) que Jésus dit cette parabole pour aider les pharisiens à changer d'attitude, à quitter leur suffisance et à leur faire comprendre que pratiquer à la lettre, ne rend pas juste. 

Par ailleurs et c'est pour cela que ce texte est dans "intimes"  je me pose pas mal de questions sur ce que j'appelle "ma suffisance". Je veux dire que j'ai une certaine capacité à comprendre, à retraduire, à mettre en mots, mais aussi à croire savoir ce qui est bon ou pas bon pour moi. Certes quand  je dois prendre une décision ou réfléchir, je prends du temps, je demande à l'Esprit Saint d'agir en moi, de me guider pour que je ne me prenne pas pour Lui, mais en même temps il est si facile de penser que "sa" manière d'être est non pas la meilleure, mais une "bonne manière"? C'est cela que j'appellerai "ma suffisance"

Et un des risque est de juger trop vite.

 Mais qui dit suffisance (au singulier) dit aussi insuffisances (au pluriel) et le texte qui parle de la suffisance du pharisien et de ce que le publicain ressent comme son insuffisance (son péché) est certainement un texte qui pousse à la réflexion en espérant que la réflexion (intellect) conduise à autre chose.

C'est si facile au fond de se sentir un peu du côté du pharisien (de celui qui fait de bonnes choses ou qui fait bien les choses) dès que soi-même on passe du temps avec Dieu et avec les autres, bref quand on se donne du temps pour essayer d'être plutôt que de faire. L'espèce de satisfaction que ressent le pharisien n'est elle pas parfois un peu la mienne? Surtout que je dois quand même reconnaître que des "cadeaux" de l'Esprit Saint, j'en reçois beaucoup.  

Après tout, le pharisien il remercie Dieu, parce que grâce à son aide (enfin c'est ce qu'on peut supposer) il est "juste" car il respecte les commandements (ne pas voler, ne pas coucher) et même les préceptes (la dime, le jeune). Il fait ce qu'il faut pour respecter la loi, sauf qu'on a l'impression qu'il en reste à la lettre (ce que Jésus reproche aux pharisiens ) et surtout qu'il en tire une certaine gloire qui lui permet de mépriser le publicain qui comme lui est monté au temple pour prier.

Paul dans l'épitre aux Philippiens demande de considérer toujours l'autre comme supérieur à soi."Que l'humilité vous fasse considérer les autres comme étant au dessus de vous mêmes"Ph1, 3. Et bien je dois dire que c'est loin d'être facile. Certes il ne s'agit pas de mépriser l'autre qui ne pense pas comme vous, mais il est difficile de ne pas avoir en soi parfois un certain sentiment de "suffisance". On sait ce qui est bien et comment il faut s'y prendre. Bien entendu Paul écrit  à une communauté où chacun doit avoir un rôle spécifique et il n'est pas question de s'enorgueillir.

On peut être tout à fait conscient de ses insuffisances, de ses manques, mais accepter que l'autre puisse à sa manière vous être supérieur ce n'est pas facile du tout. Bref l'humilité c'est pas du tout évidente, mais   on peut se consoler en se disant que les autres sont censés vous considérer comme supérieurs à eux, ce qui n'est jamais mauvais pour l'ego.

Si ce texte m'a obligée à réfléchir sur l'humilité (car même si je sais que j'ai besoin de l'Esprit Saint pour réaliser ce que j'ai envie de faire par exemple sur internet,il n'en demeure pas moins que j'ai un certain regard très positif sur moi même... ). Mais je pense que les 15 ans d'analyse n'y sont pas étrangers et que je continue à avoir bien du mal à penser péché, pécheur comme semble le demander bien souvent la liturgie et les homélies que je peux entendre.

La phrase prononcée par le publicain(traduction liturgique):  "prends pitié du pécheur que je suis"  a été comme une lumière.

Ce n'est pas très différent de la phrase que je répète dans la prière du coeur"prends pitié de moi pécheur". Cette phrase je me bats avec elle depuis des années, celle du publicain, avec le verbe être, me positionne dans un ici et maintenant, pas dans un état. 

Peut-être que cet homme, ce publicain qui travaille pour les romains, n'est pas fier de ce qu'il fait, mais s'il veut nourrir la famille, il n'a peut être pas le choix. Et puis peut être qu'il ne fera pas toute sa vie. Mais ce qui m'est apparu clairement c'est qu'il souffre de cet état et qu'il demande à Dieu d'avoir pitié, non pas de cet état mais de la souffrance que cela génère en lui.

Pour se tourner vers Dieu,peut être faut-il être en état de manque, en état de souffrance générée par le manque. 

Finalement demander à Dieu d'avoir pitié du pécheur que je suis, c'est reconnaître que si j'ouvre les yeux sur ce que je suis réellement (mais c'est bien difficile), alors mes insuffisances peuvent être source de douleur, de souffrance. Simplement reconnaître son incapacité à aider quelqu'un ce n'est pas facile. Alors dire "prends pitié" ne veut pas dire: "Dieu ne ne fais pas de mal" mais "sors moi de la souffrance dans laquelle je suis aujourd'hui". 

C'est reconnaître le besoin de l'Autre (ce que le Pharisien ne fait pas).

Alors finalement ce que me dit ce texte, c'est essayer d'ouvrir les yeux sur ce qui fait obstacle au travail de l'Esprit en moi, sur ces pierres qui obstruent la source qui est dans le coeur de mon coeur. C'est  peut être (mais je n'en suis pas là) souffrir en reconnaissant mes insuffisantes sans pour autant m'y complaire" Dieu est plus grand que notre coeur"1 Jn 3, 20.

Ne pas oublier que le "prends pitié" veut dire pour moi: "délivre moi de ce qui est mauvais en moi" de ce qui provoque la souffrance: celle de ne pas être assez à l'écoute de l'autre (ce que je nomme mon impuissance, mon incapacité, mes limites). Mais aussi ,  "viens à mon aide" brille en moi, éclaire moi" ce qui est beaucoup mieux que "ne te fâches pas" ou "ne te détournes pas de moi" que je mettais jusque là sous les "mots "prends pitié".  



"reconnaissons que nous sommes pécheurs"


Petit coup de gueule..

C'est comme cela que la célébration de ce midi a commencé, et moi je n'ai pas envie de reconnaître cela. Je sais, ce n'est pas la première fois que j'ai un coup de sang ou un coup d'humeur. Ma réaction a été de me dire: non je ne me reconnais pas pécheur. Cela ne veut pas dire que je ne reconnais pas tout ce qui pourrait aller mieux, ni que je vive dans une admiration béate de ce qui je suis (j'en suis fort loin), mais non aujourd'hui c'était non.

Avant de venir  à la messe, j'avais préparé le repas, tondu le jardin sous la pluie, m'être réjouie parce que je n'avais pas eu trop mal au reins, rangé la tondeuse sans faire de griffures sur la porte du jardin, et peut être arriver à dire merci tout en passant la tondeuse, alors non, je ne me reconnais pas "pécheur". j'avais passé un peu de temps à prier, eu la chance d'entendre une amie au téléphone, peut être que j'aurais pu passer plus de temps à prier, mais il y a des choses que l'on doit faire et je ne vais pas m'en vouloir pour cela. D'accord parce que j'étais dans le jardin j'ai loupé un appel d'une amie qui avait peut-être besoin de "parler, parler", mais bon c'est comme ça. De fait j'étais plutôt contente, alors le coup de "pécheur" non je n'ai pas apprécié.

Je sais très bien qu'il y a le péché individuel et le péché collectif et que de ce péché là, je ne puis m'abstraire, mais la formule m'insupporte. Finalement on est pécheur, comme on est un homme ou une femme, comme on est chauve ou chevelu, comme on est myope ou hypermétrope, c'est une caractéristique. Faut il demander pardon parce qu'on est ceci ou cela?

D'accord le Dieu trois fois Saint a horreur du péché, mais s'il a envoyé son garçon pour nous en sortir, pour nous regarder avec le même amour qu'il a pour son fils, puisque nous pouvons l'appeler "Papa" ce qui n'est quand même pas rien, faut il vraiment se complaire la dedans?

Que lors de la première rencontre avec Lui, cela se passe comme cela, que l'on soit saisit par ce que l'on est et par qui il est lui et que l'on ressente au plus profond de soi cette distance, cette incapacité qui est la notre, et que l'on demande peut être pas pardon mais que l'on ressente un violent désir que cela change, oui. Mais pourquoi revenir ensuite permanence sur le passé, pourquoi faire comme si c'était toujours une première fois? "rends moi la joie d'être sauvé" dit le psalmiste. Oui, fais moi retrouver cette joie première de me savoir aimée telle que suis, par Toi tel que Tu es. Il y a des premières rencontres qui ne s'oublient pas.

Mais après tout, ce que j'aimerai entendre c'est: "reconnaissons que nous sommes peu capables d'aimer, ou que nous pourrions parfois en faire un peu plus", là oui ça m'irait.

Et dire tout de suite après "Seigneur prends pitié" c'est toujours le même truc, je suis pécheur, donc coupable, donc punissable donc pas aimable, alors Seigneur toi qui es si grand, si bon si magnifique (alors que moi je suis si minable, si misérable) alors regarde moi comme la petite fourmi que je suis et ne m'écrase pas. Parce que au fond de nous, malgré tout de que Jésus est venu nous dire, nous montrer, ce Dieu qui se fâche, qui écrase il reste là. Un ami disait que la violence de Dieu ou la colère de Dieu, ce serait cette ténacité qui serait la sienne, de ne pas lâcher prise, d'attendre encore et toujours que le "pécheur" change de conduite et le reconnaisse. C'est très beau, mais est ce réaliste?

Je peux tout à fait admettre que si je ne me reconnais pas pécheur  en fait je veux dire, pas super mauvaise, pas super coupable, mais simplement un être humain avec ses limites, ses faiblesses, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il est,qui se débat souvent dans des situations plus que difficiles, cela pourrait (je mets un conditionnel) vouloir dire que je n'ai pas besoin d'être sauvé et que le sacrifice" de le Jésus pour moi" je n'en veux pas. Oui cela pourrait vouloir dire cela, mais non ce n'est pas. cela pourrait vouloir dire que je suis au dessus de cela, mais il n'en n'est rien.

Comme je l'ai dit plus d'une fois, pour moi, être sauvée, c 'est être vivante et cela oui jésus le donne, me l'a donné. Il est venu pour cela, pour que les hommes aient la vie, la vie éternelle, cette vie qui fait de nous des êtres debout, des êtres qui sont passés de la mort (incapacité) à la vie et cela c'est une délivrance.

Alors si Jésus est venu pour me sauver, et si j'en suite consciente, s'il me donne par la présence de son esprit de quoi sortir un peu des ténèbres qui m'environnent, de quoi être un peu moins aveugle à mes frères et à leurs soucis, alors moi j'ai envie de dire merci.

Je pense que commencer la messe par une louange, parce que nous sommes en vie, parce que nous sommes ensemble, parce que nous avons la chance d'être là, et aussi parce que d'une certaine manière nous sommes des nantis, et bien cela m'irait beaucoup mieux.

Maintenant si chanter/ Seigneur prends Pitié c'est une louange, alors pourquoi pas, mais ce n'est pas ce que spontanément je dirai.

Parfois le célébrant, parle de la miséricorde de Dieu, qui pardonne le péché. Et là encore cela ne me va pas. Faut il faire cette expérience là pour comprendre que l'on est aimé simplement parce qu'on est là?

Pour comprendre combien il est sympa ce dieu là, faut-il obligatoirement avoir fait l'expérience de se sentir pardonné (ne plus ressentir le regard de colère ou la peur de la destruction).

Là encore je pense qu'il serait souhaitable de ne pas généraliser; le chemin de chaque personne est un chemin différent de celui des autres.Pour moi la bonté de Dieu c'est justement cette capacité à s'adapter à chaque être humain pour que dans la relation vivante qui se crée, chacun soit toujours plus reconnu, car c'est cela qui fait vivre.

mercredi 10 avril 2013

mémorial

j'ai passé beaucoup de temps ce matin à rédiger le billet sur "il est ressuscitée" Du coup j'étais assez fatiguée pendant la messe et j'étais assez tassée sur moi-même.

En plus une amie certainement pleine de bonnes intention est venue me "frotter" amicalement le dos alors que la célébration était déjà commencée. ce geste je l'ai vécu comme une intrusion et il m'a mis de méchante humeur..

Bref, ce n'était pas la joie.

Et voilà que pendant la consécration une idée farfelue me tombe dessus.

Il me vient à l'idée que Jésus qui sait que c'est son dernier repas pascal, cherche comment il va pouvoir donner à ses disciples un rituel simple, qui remplacera en quelque sorte le rituel complexe laissé par Moïse.

Alors il se sert de ce qu'il a sous la main: du pain et du vin et les mots qu'il employé jaillissent en quelque sorte de lui, comme une sorte de louange à son Père.

Ce pain que je vous partage, que je vous donne, qu'il devienne pour vous mon corps que je vais donner totalement aujourd'hui, comme la chair de l'agneau autrefois. Que ce pain partagé entre vous soit signe de mon amour.

Ce vin que vous buvez, que vous vous partagez, ce vin fait avec des grains pressés, qu'il soit pour vous comme le sang de l'agneau, qui vous sauve de la mort, en vous libérant du péché.

Alors désormais, avec du pain et du vin, on peut faire une fête autour de ce don, une fête qui est mémorial de cette alliance, de ce pacte qui donne naissance à l'homme nouveau.

Que Jésus puisse inventer, créer cela m'a remplie de joie.

Du coup, j'aimerai que ce temps soit un tempsoù la Joie pourrait exploser, ce qui est loin d'être le cas. On peut toujours rêver.




mardi 26 mars 2013

Judas: la trahison oui, le désespoir non..

J'ai trouvé ce texte sur l'évangile au quotidien comme commentaire de Mat 26, 14-25. et si je le mets ici c'est que j'ai aimé:


    [« Judas fut pris de remords...; il rapporta les trente pièces d'argent aux chefs des prêtres et aux anciens, en disant : ' J'ai péché en livrant à la mort un innocent. ' Ils répliquèrent : ' Qu'est-ce que cela nous fait ? Cela te regarde. ' Jetant alors les pièces d'argent, il se retira et alla se pendre. » (Mt 27,3-5)
    
   Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Le péché impardonnable, dans ce monde et dans l'autre, c'est celui de l'homme qui, en méprisant ma miséricorde, n'a pas voulu être pardonné. C'est pourquoi je le tiens pour le plus grave, et c'est pourquoi le désespoir de Judas m'a attristé plus moi-même et a été plus pénible à mon Fils que sa trahison. Les hommes donc seront condamnés pour ce faux jugement qui leur fait croire que leur péché est plus grand que ma miséricorde... Ils sont condamnés pour leur injustice quand ils se lamentent sur leur sort plus que sur l'offense qu'ils m'ont faite.

      Car c'est alors qu'ils sont injustes : ils ne me rendent pas ce qui m'appartient à moi-même, et ils ne rendent pas à eux-mêmes ce qui leur appartient. À moi on doit l'amour, le regret de sa faute et la contrition ; ils doivent me les offrir à cause de leurs offenses, mais c'est le contraire qu'ils font. Ils n'ont d'amour et de compassion que pour eux-mêmes puisqu'ils ne savent que se lamenter sur les châtiments qui les attendent. Tu vois donc qu'ils commettent une injustice, et c'est pourquoi ils se découvrent doublement punis pour avoir méprisé ma miséricorde.

Je trouve très intéressant cette phrase: ils se lamentent sur leur sort plus que sur l'offense qu'ils m'ont faite. Je ne sais pas si Dieu dirait cela de nos jours, mais cela me semble très vrai. Se lamenter sur son sort, plutôt que de croire que Dieu peut pardonner, peut comprendre, peut absoudre. Un Dieu qui est attristé par le désespoir de Judas, un Fils qui souffre plus du désespoir que de la trahison, je dois dire que cela me convient et que pour la première fois, (je crois de ma vie) je me suis surprise à appeler Dieu "Papa" ou "Abba"si l'on veut, mais pour moi c'est incontestablement un changement important.

Et que ce soit grâce à Catherine de Sienne qui est si l'on veut ma patronne, je dois dire que j'aime bien.


jeudi 21 mars 2013

Petites réflexions.

Un peu en vrac...

Je crois que quand Jésus rencontre un malade(en particulier un lépreux), un publicain, un pécheur, il ne voit pas ce que l'on voit en premier, ce qui englue, mais il voit la personne qui est derrière cette lèpre, ce péché, je veux dire la personne vivante et il la délivre. Je veux dire que ce n'est pas le "péché" qui compte, mais celui ou celle qui est en deçà. Apprendre à regarder l'autre comme cela, au delà... Ne pas regarder l'extérieur, mais ce qu'il y a en deçà et qui est aussi ce que l'autre est appelé à devenir.Ne pas se laisser arrêter par ce qui se donne à voir, mais par ce qui est en dessous. Voir la lumière qui est cachée sous la croute...

Dans l'épisode du publicain et du pharisien, je pense que le publicain souffre de son état de publicain, qu'il aimerait que cela cesse, car vivre avec ce regard méprisant des autres, cela doit être bien difficile. Mais il ne le peut pas dans la vie qui est la sienne. Alors sa demande, ce n'est pas tant "aie pitié " au sens de "regarde moi sans colère, ne me détruis pas", que "enlève cette souffrance, cette douleur qui est la mienne". Je suis malade de cette situation, je t'en prie, "guéris moi". Remplacer ce "aie pitié" par enlève la souffrance,  me va beaucoup mieux aujourd'hui.

La question qui se pose alors est de savoir si "mon péché" en tant que tel est pour moi source de souffrance, de douleur. D'une certaine manière non, parce que je suis comme je suis, et que j'essaye de faire le moins mal possible. Mais pourtant oui, parce que je suis solidaire du péché qui est autour de moi, solidaire de la violence, de la haine, de la rancoeur.. Et il est vrai que chaque fois que je suis confronté au Mal, cela me fait mal. Alors là oui, je peux dire regarde ma douleur, et aide moi à ne pas me laisser bouffer par elle.

Le frère Benoît me parlait du lien souterrain qui existe en moi entre le bon et le moins bon et cela me semble très important. On sait bien que parfois l'altruisme est sous tendu par la rivalité, l'agressivité. Et c'est une vision interessante de ne pas oublier ce lien qui fait que du mauvais peut sortir du bon, mais aussi que du trop bon peut être source de mauvais. Rien n'est simple.

Autre chose, le peuple dans le premier testament "récrimine" et murmure beaucoup. les juifs du temps de Jésus semblent avoir la même attitude. Je dirai "ils font beaucoup de bruit". Et quand on fait trop de bruit, on ne peut pas entendre ce que Dieu par son Esprit veut vous dire. On couvre le son de sa voix. Alors peut être faut il essayer de ne pas murmurer trop fort. Et je me demande si ce n'est pas vrai de certaines prières, on est tellement pris dans son trip qu'on entend plus ce que le tout Autre a envie de vous murmurer.

J'aime bien pourtant les phrases des psaumes qui parlent du cri (le cri était encore sur mes lèvres, qu'il s'est transformé en louange: Psaume 65). Je crois que crier, c'est un acte de confiance totale, c'est parler haut et fort, mais un fois le cri lancé, il est peut être nécessaire de se taire, et si la réponse ne vient pas, transformer le cri en louange, car la louange elle est peut être dans ce silence qui permet à Dieu de s'exprimer.

vendredi 22 février 2013

Réflexions en début de Carême


En écoutant le mercredi des cendres la lecture du livre de Joël, la phrase "déchirez vos coeurs et non vos vêtements" j'ai  fait pensé à un enfant que j'ai connu dans ma pratique professionnelle. Il  était atteint d'une maladie génétique rare, qui faisait que d'une part il ne sentait pas la douleur quand il se faisait mal, mais surtout que sa peau se déchirait comme du papier. Il se mordait les doigts et se déchirait la peau dans toute son épaisseur. Je dois dire que regarder ses plaies faisait mal, étaient à la limite du soutenable. L'image qui m'est venue du coeur déchiré était de cet ordre là: un coeur dont l'enveloppe est abimée, déchirée, je dirai bonne à jeter.

Alors est ce que Dieu peut prendre plaisir à regarder cela? A dire vrai je ne le pense pas. Je me suis alors demandée ce que cela pouvait vouloir dire.

Quand un vêtement est déchiré, certes on peut le raccommoder, mais il est abîmé, parfois bon à être jeté. Quand on déchire une feuille de papier, c'est qu'on n'en veut plus. Elle est bonne à être mise à la poubelle.

Alors est ce que cela pourrait vouloir dire: reconnaissez que votre coeur n'est pas bon, laissez moi le déchirer pour le remplacer par un coeur autre. N'est ce pas ce que dit Ezéchiel: replacez votre coeur de pierre par un coeur de chair, un coeur qui aime. Le coeur de Jésus a été déchiré, l'évangéliste dit qu'il en sortit du sang et de l'eau, mais surtout que ce sang et cette eau créent quelque chose de neuf, la communauté de ceux qui vont vivre de l'Esprit de Jésus, et que le coeur déchiré devient fécond, et c'est peut être cela qui est important.

Mais le second terme de la phrase de Joël renvoie à déchirer ses vêtements et je dois reconnaître que c'est un geste qui m'a toujours interpellée. Et  avant de revenir au coeur, je voudrai réfléchir un peu sur ce que peut vouloir dire déchirer ses vêtements, car si le vêtement (le manteau) représente la fonction de la personne, le déchirer veut dire renoncer à se montrer d'une certaine manière.

Dans le premier testament et même dans le deuxième, on rencontre souvent des personnages qui déchirent leur vêtements. Jacob déchire ses vêtements quand il apprend que Joseph son fils préféré est mort. Ce geste est un geste que l'on retrouve dans le rituel de deuil des familles juives encore aujourd'hui. Il traduit la déchirure (quelqu'un a été enlevé au tissus familial), et la peine. Jacob ensuite prend des vêtements de deuil. Il a comme perdu son rôle de père, du moins en ce qui concerne son Joseph.

Dans le 2eme livre des chroniques que nous lisons en groupe en ce moment, il est dit que la reine Athalie, qui fait face à Jéhu qui vient de tuer son mari, déchire ses vêtements... Je me demande comment elle peut faire, car je doute fort que ses vêtements de reine étaient en mauvais état. Il doit donc y avoir quelque chose de symbolique dans ce geste. Une autre signification serait: tu ne fais partie de mon clan, de ma famille, je te maudis.  C'est d'ailleurs ce que fait le grand prêtre au moment du procès de Jésus. Déchirer son vêtement pouvant signifier: tu es renié de notre race, de notre famille. Ce qui est intéressant c'est de noter qu'il est interdit au grand prêtre de déchirer des vêtements (lev21). A croire qu'il ne connaît pas la Loi, et c'est pourtant au nom de cette Loi qu'il condamne Jésus. Mais du coup comme il n'est plus sous le coup de la loi mosaïque, il passe sous la loi romaine.

Porter des vêtements déchirés se trouve dans les pratiques du deuil. Or être en deuil c'est avoir perdu quelqu'un c'est être dans le manque, c'est être si je puis dire appauvri, donc pauvre. Le fait que dans les familles juives en deuil (de nos jours) les repas soient préparés et apportés par des tiers de la communauté peut aller dans ce sens: ils ont perdu quelqu'un, ils manquent de tout, alors nous leur apportons le nécessaire à la vie.

Quand on lit le livre de Jonas, on voit que tout le peuple porte des vêtements de deuil le sac, qu'il se couvre la tête de cendres et qu'il jeune. Je me suis souvent demandé (et j'ai déjà écrit la dessus) sur la signification de ce geste, qui a pour but de détourner la colère de Dieu. Il me semble avoir trouvé un élément de réponse.

En effet si on demande: qui porte des vêtements en mauvais état, déchirés? la réponse est: le pauvre.
Si on demande qui est sale parce qu'il n'a pas de maison pour se laver? La réponse est la pauvre.
Enfin si on demande qui n'a rien à manger, on a la même réponse le pauvre.

Etre pauvre, c'est ne rien avoir, c'est être dépendant. Alors ces gestes manifestent à la fois extérieurement, mais aussi intérieurement, que à ce moment là, je me sens totalement dans la dépendance de de Dieu qui est tout puissant, que je mets mon orgueil et ma suffisance de côté, et que cela est un moyen de déchirer son coeur.

Déchirer son coeur et non ses vêtements (qui peut être un geste vidé de son sens) revient à se reconnaître dépossédé, dans le manque, dans le besoin. Savoir que pour être réparé le coeur a besoin de Dieu, que l'homme seul en est incapable. Avoir un coeur de pauvre c'est peut être cela. c'est loin d'être facile.

Dans le psaume 50 (écrit peut être par David au moment où le fils de son union avec  Bethabée, est en train de mourir et où il reconnait que cela est la conséquence du mal qu'il a fait en condamnant Urie à mort), on trouve: verset 19: "d'un  coeur brisé broyé tu n'as pas de mépris".

Il me semble que cela peut compléter le coeur déchiré.

Quand on dit à quelqu'un "je te briserai" cela veut dire qu'on lui fera ravaler son orgueil, qu'on le soumettre. Un coeur brisé (peut être malaxé comme l'est la pâte brisée de nos tartes) serait un coeur qui se soumet entièrement, qui se reconnait (comme la pauvre) comme dépendant.

Un coeur broyé (en tout petits morceaux, réduit en miette) renvoie pour moi à une autre image: être broyé de chagrin. Alors avoir le coeur broyé ce serait reconnaître qu'on est malheureux parce que ce en quoi on mettait sa confiance est parti. On se sent abandonné, solitaire, incapable de faire comprendre aux autres ce qu'on est en train de vivre. Là encore pour sortir de cela, se tourner vers Dieu.

Ce que je pense aujourd'hui, c'est que nous (je) sommes très doué pour nous fabriquer des enveloppes qui nous satisfont. Accepter que ces enveloppes soient déchirées, permet au coeur qui est dans le coeur de prendre vie, avec le risque que lui aussi s'enveloppe dans une certaine satisfaction. Alors la conversion c'est ce perpétuel déchirement des enveloppes pour que le coeur du coeur, dans une sorte de mouvement de mise à nu vienne battre en nous.

Je crois qu'il y a au plus profond de nous un coeur vivant, un coeur qui chante, un coeur qui bat, un coeur qui est le coeur de Jésus et que l'important c'est de le laisser chanter et vivre sans trop s'en faire, parce qu'il est là.

samedi 2 février 2013

Laisser entrer...

Je me souviens d'une jeune femme qui parlait de sa conversion. Elle disait qu'elle avait vu une sorte de cave dans laquelle on ne pouvait pas bouger tellement il y avait de meubles, en particulier une armoire (certainement remplie de souvenirs, et de beaucoup d'autres choses). Je crois qu'elle a dû se sentir responsable (je dirai coupable) de s'être laisser envahir et emprisonner par tous cela. Elle a dû demander au Seigneur qu'il vienne l'aider à mettre de l'ordre dans ce bazar. Et pour elle la guérison a été de sentir que tout se mettait à bouger, que l'armoire se déplaçait, et que cette armoire qui occultait tout cessait d'avoir un tel poids et peut être aussi que la cave était inondée de lumière. 

Je me souviens m'être posé des questions sur pourquoi la cave, pourquoi pas le grenier (parce que pour la psy que je suis, ces lieux renvoient à des parties du corps différentes). 

Simplement ce que je sais c'est que ce témoignage est resté dans ma mémoire. 

Je me suis rendue compte que lorsque mes petits enfants viennent chez moi, je dirais qu'ils font comme chez eux et ne tiennent pas compte du tout de ma manière de fonctionner. Par exemple ils ont l'habitude chez eux de poser les manteaux sur la rampe de leur escalier alors que chez moi, il y a un porte manteau et que je n'aime pas du tout voir les manteaux trainer dans l'entrée. Ils se mettent pieds nus, ce que je n'aime pas, etc etc, mais ainsi ils se sentent bien. 

J'ai l'impression d'avoir été élevée avec l'idée que si j'étais chez quelqu'un (même de la famille) il fallait faire comme lui avait l'habitude de faire pour ne pas déranger. Sous entendu, c'est déjà beau d'être invité, alors il faut faire comme l'autre fait. 

Pourquoi parlez de cela et quel est le lien avec le premier paragraphe? Il est tout bête. 

Quand je pense que j'ouvre mon coeur pour laisser Jésus (ou l'Esprit Saint) entrer, (pour moi ouvrir est beaucoup plus explicite que de donner mon coeur à), et bien je veux bien qu'il rentre à condition finalement qu'il se coule dans ma manière de fonctionner.

Qu'il ne déplace rien (sans me demander), qu'il s'adapte à moi. Et là, je pense que ça ne va pas. 

Si j'accueille l'Autre, il n'a pas à faire comme moi j'ai envie qu'il fasse, parce que du coup il est comme privé de liberté, privé de vie. je devrais le laisser agir en moi (parce que je lui fais confiance) même si cela ne va pas du tout dans le sens que j'avais prévu.

Et peut être a t il de bonnes idées. Mais si difficile de sortir des habitudes, des rituels. 

S'il a envie de descendre dans la cave, c'est lui qui décide. S'il a envie d'aller dans le grenier, là encore c'est lui qui décide. Il a peut être sa manière à lui de mettre la table, pourquoi ne pas essayer? Laisser faire, se laisser faire ce serait accepter avec joie ce que fait l'autre pour qu'il se sente bien. 

Et je dois reconnaître que changer ses habitudes ce n'est pas toujours si facile, surtout quand on s'imagine que c'est ce qu'il y a de mieux. Ceci dit, je pense qu'il peut aussi y avoir parfois des compromis, mais si je lis l'évangile, je dois reconnaître que des compromis il y en très peu. Alors à chaque jour suffit sa peine,mais tout ce qui va dans le sens de la souplesse, va dans le sens de la vie.