samedi 29 octobre 2011

A comme Accorder


Je me suis entendue dire ce matin en priant: Père de Jésus, accorde moi ton Esprit Saint, et ce verbe accorder qui bien sûr signifie donne  je l'ai entendu comme accorder une guitare, accorder de cordes.

Et dire à Dieu, accordes moi comme une guitare, redonne à chaque corde leur son, pour que la musique qui sorte de moi, puisse te chanter sans trop de fausses notes, voilà qui a réjouit mon coeur.

J'aime quand un mot se charge de signification.

D'ailleurs dans l'évangile de Matthieu il y avait une traduction qui disait que Marie avait été accordée à Joseph et ce mot accordée, a toujours "chanté" pour moi, comme le mot "épouse" car épouser une forme c'est faire en quelque sorte un avec.

vendredi 21 octobre 2011

"Une voiture rouge".



Comment une voiture rouge m'a un peu aidée à comprendre le "Salut" et peut être la notion de "rachat"


Je n'aime pas trop le mot "salut" et j'aime bien remplacer être sauvé par être vivant, puisque si je suis sauvée de quelque chose d'une certaine manière je reste en vie et la vie est un bien précieux.

Mais reste la question du prix à payer pour que moi je sois sauvée. J'ai beaucoup de mal à accepter la notion de réconciliation, à savoir l'idée d'un dieu tellement en colère contre l'humanité qu'il veut la détruire et éventuellement ne plus rien à voir avec elle et donc peut être donner à certains (les justes à la possibilité d'une vie après la mort, mais pas aux autres. Pour éviter cette catastrophe, et surtout pour montrer que cette représentation de dieu n'est peut être pas la plus adéquate, quelqu'un un jour du temps, a payé de  sa vie le mal commis par l'humanité. Je nomme ici Jésus qui révèle l'amour.

Ce matin il m'est revenu un souvenir d'enfance qui me permet peut être de comprendre un tout petit peu ce qu'il en est du salut et du rachat.

Quand j'étais petite (5 ans) j'ai passé une semaine en internat en
Angleterre. Moi petite française j'étais un peu perdue ne comprenant pas la langue. Il y avait des garçons et des filles du même âge que moi et donc des jouets pour les deux sexes.Je me souviens avoir été fascinée par une superbe voiture rouge mais ne pas avoir osé y toucher puisque c'était pour les garçons. Je ne sais par quel mystère, mais je me vois me lever en pleine nuit, aller dans la salle des jouets et prendre cette superbe voiture. Et là catastrophe, elle me reste dans les mains, je veux dire que le bas de la voiture qui devait tenir par des languettes de métal se détache et que moi je suis dans tous mes états: la voiture est cassée. C'est un peu la panique, surtout que je ne comprends pas. j'essaye de la réparer, c'est à dire de reposer les deux parties l'une sur l'autre et je retourne dans mon lit. Le lendemain, la responsable demande qui a cassé la voiture. Je suis incapable de répondre, mais un petit garçon qui a une réputation de tout casser est alors tenu pour responsable et c'est lui qui est puni à ma place.

En repensant à cela, je me disais que c'est peut être une manière de comprendre le salut et le rachat. Dans cette histoire, j'ai commis un geste que je n'aurais pas dû faire (me lever pour jouer toute seule, convoitise si on peut dire). L'objet est cassé, mais je ne peux accepter la conséquence de ceci), à savoir une quelconque punition. Le petit garçon qui est puni à ma place,me sauve de la punition puisqu'il endosse la faute (voiture abîmée) à ma place. D'une certaine manière je lui suis reconnaissante de n'avoir rien dit. Personne ne savait que c'était moi (du moins je l'ai toujours supposé), or souvent les fautes que nous commettons personne ne les voit, n'empêche qu'il y a des conséquences et que ces conséquences dans notre monde (je ne dis pas que c'est pareil dans tous les mondes existants) on doit les payer.

Ce petit garçon inconnu, je ne sais pourquoi il a accepté la sanction sans mot dire (peut être avait il contribué justement au fait que la voiture me soit restée entre les mains en deux parties), mais il m'a sauvé d'une punition et peut être aussi de la perte de la bonne relation que j'avais (moi petite fille qui vivait quand même un abandon)avec l'animatrice.

Alors le salut ce pourrait être un peu cela. Quelqu'un qui accepte d'endosser une faute que j'ai commise et qui entraine pour moi une punition, et d'être puni à ma place. Je ne pense pas que le petit garçon ait fait cela par amour pour moi, alors que l'acte posé par Jésus est un acte fait par amour: "qu'ils vivent en moi et qu'ils aient en moi la vie", mais peut être que l'histoire de la voiture rouge cassée peut permettre de comprendre un tout petit peu ce qu'il en est du salut et de la phrase "c'était nos fautes qu'il portait".

mercredi 19 octobre 2011

Peut-on s'abandonner quand on a été abandonné?

Un billet du mois dernier...  Incomplet, la suite un jour ou l'autre en fonction des événements.

Hier, pendant une séance de shiatsu, j'ai pu ressentir en moi un abandon total de mon corps, en particulier de ma tête dans les mains de la thérapeute. Ceci avait été précédé de deux moments l'un où je me suis en quelque sorte centrée sur la musique avec le désir d'écouter vraiment, d'entendre toutes les notes, tous les instruments pour me laisser "prendre" par ces sonorités et un autre  moment où je suis comme envahie par le plaisir de laisser l'air ambiant entrer en moi, ce qui me permet de ressentir la fraîcheur de l'air mais aussi ce subtil qui est en lui. Je pense que ces deux temps ont permis cette expérience d'abandon qui me renvoie à ce que je vis parfois dans l'eau quand je fais la planche là où il y a assez de profondeur et où je me laisse complètement porter par la mer (sans jeu de mot).

Mais pour pouvoir s'abandonner ainsi, abandonner tout contrôle il est indispensable de faire confiance à l'autre (ici la thérapeute qui je le sais veut du bon et du bien pour moi) mais aussi de savoir que si quoique ce se soit se passe, il y a en moi la possibilité de bouger, ce qui veut dire faire aussi confiance à mon propre corps. Si je peux me laisser aller dans l'eau c'est que je nage suffisamment bien pour pouvoir réagir si jamais une vague malencontreuse venait me chatouiller les naseaux..

L'image traditionnelle de la confiance est celle du bébé qui vient de prendre son content de nourriture, qui a même peiné pour cela et qui se laisse totalement aller dans les bras de sa mère, certain qu'il est qu'elle ne va pas le laisser tomber. Cette représentation là elle est belle, mais quand on a vécu (ce que tout individu vit à son corps défendant) des abandons s'abandonner devient très difficile. Il faut comme je viens de le dire d'une part faire confiance à l'autre, mais aussi se faire confiance à soi.

Pour s'abandonner il faut peut être que les peurs liées aux abandons soient parties, or elles font partie de notre mémoire. S'abandonner c'est ne plus bouger, c'est être volontairement paralysé (volontairement). Or la paralysie, la dépendance est bien quelque chose qui nous fait peur. Etre abandonné quand on ne peut pas faire ce qu'il faut pour se "sauver"(ce qui est souvent le cas de l'enfance) renvoie à la mort.

Peut-être que dans les synoptiques si une des premières guérisons rapportées est celle du paralytique c'est que quelque soit l'origine de la paralysie (physique ou psychique car d'une certaine manière le péché quand il entre en nous nous aveugle, nous fait perdre l'acuité de nos sens et nous paralyse comme une toile d'araignée) perdre son autonomie est quelque chose de terrorisant.


Cette paralysie, toutes les personnes qui ont vécu des abus sexuels dans leur enfance, ou même des viols à un moment de leur vie, la connaissent. C'est l'impossibilité de crier, de hurler, d'appeler au secours, c'est l'impossibilité de bouger, c'est la perte totale de la maîtrise, c'est être livré au bon (ou mauvais) plaisir de l'autre.



Je pense que sur la croix, Jésus a fait cette expérience de ne rien pouvoir faire. Je pense parfois à ce que doit être que de ne pas pouvoir bouger lorsqu'une ou des mouches viennent sur vous... Et si Jésus dans les différents psaumes a choisi le psaume 21, c'est peut être parce que vivre cet abandon, cette solitude mais aussi cette paralysie a dû être pour lui comme pour nous une source de terreur intense. On a beau dire que certes ce psaume se termine par de la confiance (je chanterai ton nom dans la grande assemblée) l'expérience de l'abandon fait peut-être de Jésus un frère (en humanité comme on le dit si souvent), une victime et aussi un créateur, qui comme je l'ai lu récemment "l'abandon d'une représentation d'un dieu qui abandonne (le dieu vengeur et colérique ).






Critique

Je viens de lire (ou de parcourir) deux livres d'Anne Merlo qui est une communautaire des "Béatitudes". J'en ressors avec un profond sentiment de malaise, même si je peux admirer beaucoup de ses attitudes, mais mon malaise est là.

De manière trop schématique, il me semble que dans le premier livre (tu n'auras plus à craindre le malheur)le message serait: de par la vie que tu as menée et subie, tu n'as pas su (ou pu) faire confiance à Dieu qui lui était pourtant toujours là avec toi. Le jour où tu comprendras cela, alors tu te rendras compte combien tu as été injuste envers Dieu et tu devras lui demander pardon et lui dans sa miséricorde te prendra dans ses bras.

Et bien moi ça ne me va pas, parce que ça rajoute encore une couche à la culpabilité. Que la perception de la présence de Dieu ou de l'Esprit dans ma vie change mon regard (et c'est ce que je demande chaque jour) oui, mais que cela me mette une faute de plus sur les épaules non. Il y a une phrase dans un psaume que j'aime beaucoup:"j'ai déchargé le couffin qui pesait sur tes épaules" Ps 81,6 et pour moi la découverte d'un Dieu qui m'aime, c'est cela.



Quant à l'autre livre, qui est quand même une charge très virulente contre le lien relationnel entre une femme et son enfant, le titre même me pose question: "Maman  lâche moi! car je vais  vers le père", car tel qu'il est écrit il veut dire que la relation à la mère est toujours un obstacle à la relation à Dieu. Or la deuxième partie du titre, c'est quand même ce que Jésus dit à Marie-Madeleine, quand elle le reconnaît: "ne me retiens pas parce que je ne suis pas encore allé vers le Père"et il me semble que ce que Jésus dit là (nous dit là) c'est: "je ne suis pas ta chose, même si tu m'aimes. J'ai une autre vie à vivre maintenant que je suis dans mon corps de ressuscité, certes je t'aime, mais je vais vers un ailleurs". Et il donne une mission à Marie Madeleine, "va dire à mes frères" mais il ne la culpabilise pas parce que dans sa joie de le voir vivant elle a voulu le "tenir".

Bref, je ne trouve pas dans ces deux livres quelque chose de libérateur. Mais je pense que le décès d'un fils (et là de deux) est quelque chose qui influence toute la vie.

Peut être que ce livre est utile pour mettre des mots sur un  lien (surtout avec le premier enfant d'une famille) qui est souvent fusionnel ou narcissique, mais là encore, libérer sans culpabiliser me semble l'important et c'est ce que fait Jésus quand il guérit.

dimanche 16 octobre 2011

Appel... d'air



Le frère Benoît en commentant la première lecture (Is 42, 1° chant du serviteur)disait que Cyrus était une sorte de messie, et qu'il ouvrait les portes à deux battants pour que le peuple puisse sortir.

Ensuite, je ne sais pour quelle raison, il a parlé d'appel et pour moi j'ai entendu appel d'air. Quand une porte s'ouvre, cela peut créer un appel d'air et dans le courant ainsi crée, on peut être emporté.

Et je me disais que notre appel c'est cela. Jésus ouvre les portes, l'Esprit Saint s'engouffre, c'est cela l'appel d'air et notre appel à nous c'est de nous laisser emporter même si ça fait peur, même si c'est l'inconnu, même si ça balaye les certitudes.


jeudi 13 octobre 2011

"La fin et les moyens"

Je renvoie au billet http://giboulee.blogspot.com/2011/10/la-fin-et-les-moyens.html

Ce qui m'apparaît clairement aujourd'hui, après une rencontre avec Frère Benoît, c'est que notre vie c'est comme le vignoble. Elle nous est donnée pour que nous en fassions quelque chose dans la mesure de notre possible, mais elle n'est pas à nous, elle n'est pas notre chose, elle ne nous appartient pas.

Alors quand on dit que l'on donne sa vie à Dieu c'est simplement se rapeller que cette vie, elle n'est pas à nous,mais à lui, que nous n'en sommes pas propriétaires et que du coup il a son mot à dire, à  en dire. Nous ne sommes (je ne suis) que gérant.

mercredi 12 octobre 2011

"Petite colère".



Je dis petite colère, mais avant-hier j'ai passé une partie de la journée en rogne. Impression peut être de ne pas exister assez dans ce que je fais (et qui n'est pas que pour moi). bref, de la colère. Impression de passer la journée à m'occuper du jardin, de la maison, de la cuisine, bref grrrrr. Comme si c'était normal que je me coltine tout ça.

Pour moi, aujourd'hui, pas question de ne dire: la colère ce n'est pas bien tu l'enlèves de ta tête. Si colère il y a, c'est qu'il s'est passé quelque chose, que le quelque chose m'a fait ou me fait mal, donc pas question de faire comme si ça n'existait pas.

Donc je me suis couchée avec ma colère et je l'ai retrouvée au matin. Simplement dans le temps que je me suis donnée avant de me lever vraiment, j'ai ouvert mes sens: j'ai écouté le chant des oiseaux, les bruits de la maison, les bruits de la rue, de la vie. J'ai senti l'air qui entrait en moi, je l'ai humé si l'on peut dire. Et je me suis sentie remplie par autre chose.

J'ai alors demandé d'être envahi par cette onde (liquide) d'apaisement et que cette eau dilue petit à petit la colère qui était en moi et qu'elle l'entraîne par un petit trou en dehors de moi. Le fait de diluer la colère ne veut pas dire qu'elle n'existe plus, mais petit à petit elle perd de sa violence, elle s'évacue parce que le trou est fait pour ça et moi je me remplis (ou me laisse remplir) d'autre chose.

Cela me permet à la fois de reconnaître la colère, de ne pas l'évacuer d'un coup de baguette magique, de lui laisser sa place parce qu'il y a une souffrance donc de m'entendre dans ma souffrance, mais petit à petit de ne pas la laisser tout envahir, mais se diluer dans cette présence de la vie qui est en moi, qui palpite, qui me fait exister autrement mieux que la colère.

J'aime cette image du petit trou par lequel petit à petit la colère mélangée à autre chose, s'évacue en douceur. Peut être un peu comme une écluse qui se lève et qui permet à l'eau de couler au lieu de stagner et de devenir vivante: eaux mortes, eaux vives.